Fruit de nos discussions


Livres lus en 2009


La joueuse d’échecs Bertina Henrichs – Livre de Poche

Ce livre a été choisi au début de l’automne car, au même moment dans les salles de cinéma était programmé « La joueuse » dont le scénario est inspiré du livre de Bertina Henrichs. Dans le film le personnage principal est interprété par Sandrine Bonnaire. L’occasion était offerte de poursuivre les rapprochements livre/film comme cela s’était fait quelques mois auparavant pour Caos Calme.

Bertina Henrichs, l’auteur de ce roman, est allemande puis précise dans une lettre en réponse aux questions posées par la personne qui présentait l’ouvrage qu'elle est arrivée à Paris à 22 ans et écrit directement en français. Elle a écrit pour le cinéma, actuellement termine son troisième roman après avoir publié un policier « Le narcisse » écrit avec son mari Philippe Vauvillé, roman qui deviendra certainement également bientôt un film.

La joueuse d’échecs a été son premier roman, il a rencontré un succès important dans toute l’Europe. Le récit se passe dans l’île grecque de Naxos, dont les paysages sont décrits avec beaucoup de délicatesse.

L’héroïne, femme de ménage dans un hôtel  va découvrir ce jeu grâce à un damier oublié par des clients dont elle va faire tomber une pièce sans savoir où la remettre. L’envie d’en savoir plus sur ce jeu s’empare d’elle, elle est conquise lorsqu’elle comprend que la pièce maîtresse est la Reine, une figure féminine alors que dans son île la femme est peu de chose, elle dépend pour tout de l’homme, d’ailleurs si une femme transgresse les lois établies et échoue c’est la condamnation et le bannissement.

A ce livre a été attribué le qualificatif de « roman doux ». Il est vrai qu’il n’y a pas vraiment de violence, seulement de la détermination.

Quelques lectrices avaient trouvé cet ouvrage peu convaincant mais d’autres lui ont trouvé un côté lumineux comme le soleil de Grèce et agréable à découvrir entre deux livres compliqués

 Une PromesseSorj Chalandon – Ed. Grasset

Avant la réunion du club de lecture, des rumeurs circulaient. Ceux et celles qui avaient commencé à lire ce « roman » s’étaient arrêtés un peu rapidement…..
La séance du premier samedi de novembre a été bien sûr comme souvent, animée, les  réactions négatives n’étaient pas majoritaires.
Il y a eu une présentation sobre, mais précise de l’histoire, celle d’une famille bretonne frappée par la mort du père lors d’un naufrage, la mère et les fils quittent le département maritime pour venir s’installer dans les terres, en Mayenne.
Une grande amitié se noue dans le nouveau village, avec des personnes marginales ou qui à un certain moment connaissent des problèmes importants. Ces petits ou grands services permettent de se serrer les coudes, et même aller jusqu’à aider l’un des amis à ne pas manquer une « promesse »  faite à un frère plus qu’aimé.
Cette promesse faite en commun consiste à aller entretenir la mémoire des défunts en se rendant à leur maison pour y manifester un semblant de vie. Cette sorte de pèlerinage quotidien est effectué avec plus ou moins de constance et de sérieux durant dix mois par chacun des amis restés un peu comme « orphelins ».
L’une d’entre nous avait acheté son exemplaire d’occasion via un site internet. Elle nous a lu un avis qui lui a été transmis à cette occasion par la vendeuse du livre et nous l’avons reçu comme une participation active à la discussion qui était engagée…. Le voici :
…. Si je peux apporter un modeste avis à votre club de lecture, « Une Promesse » est un livre avec une ambiance très particulière et (sans rien vous dévoiler de l’intrigue) avec une histoire particulièrement touchante. Je vends parfois des livres qui ne m’ont pas beaucoup apporté. « Une Promesse » me donne le sentiment inverse. J’y ai repensé de nombreuses fois après avoir tourné la dernière page.
Je vous en souhaite une très bonne lecture…..
Bonne lecture à votre tour, si ces quelques lignes ont pu vous conv
aincre  que c’est un « bon » livre ! 
  American DarlingRussel Banks – Edit. Babel

Avant que s’engage la discussion, il était judicieux que le roman de Russel Banks soit résumé et même pour certains passages  expliqué sans omettre des références historiques et géographiques ni oublier d’évoquer les attaches et les combats de l’auteur.
American Darling entre tout à fait dans l’actualité puisque à La Haye s’est ouvert et se poursuit le procès de Charles Taylor devant le Tribunal Pénal International, l’accusé comparait pour son implication dans ce qu’on appelle au Libéria « La guerre des enfants ».
Russel Banks a pour habitude de faire évoluer ses personnages dans deux endroits, afin d’enrichir et de faire mieux comprendre leur psychologie, et, les actions qui en découlent, c’est en principe dans le nord est des Etats-Unis, d’une part, et dans un pays tropical d’autre part, dans le cas présent en Afrique (le Libéria).
Le rêve de l’auteur de ce roman a toujours été,  aidé lorsqu’il était jeune par Nelson Algren, d’écrire un grand roman de la vie en Amérique.
Le livre va permettre de retrouver le personnage principal sous les habits d’une combattante dans la fin des années 1960, d’une épouse de diplomate libérien mais qui n’arrive pas à s’intégrer à cette nouvelle famille, une mère d’enfants métisses qu’elle voudrait qu’ils deviennent un jour de vrais Américains, enfin en sauveur des chimpanzés auxquels elle veut, sans y parvenir, éviter des expérimentations mortifères.
Revenue de toutes ces expériences, héritière d’un pactole non négligeable laissé par ses parents en héritage, elle trouve finalement calme et vie « rangée » dans une ferme du Vermont qu’elle va régir ou « régenter » avec doigté.
Un roman ou pas un roman, si ce livre a enchanté certains lecteurs il en a fait réagir d’autres plus souvent négativement que positivement.
C’était l’occasion de connaître un auteur qui n’est jamais apparu sur la liste depuis le début des rencontres organisées par l’Association des Usagers de Carré d’Art, un écrivain américain reconnu de l’autre côté de l’Atlantique depuis déjà longtemps.
  Pas facile de voler des chevaux – Pet Petterson – Folio

Pour cette séance de rentrée, le livre qui avait été choisi fait partie de la littérature contemporaine norvégienne, l’histoire, certainement réelle, se déroule entièrement en Norvège.
C’est au moment de la retraite que le narrateur retourne s’installer sur des lieux où il a passé une partie de son enfance. Essayer de comprendre des événements remplis de mystère au moment où ils se sont produits, au cours de son enfance et de son adolescence, est le but de ce retour. Les images lui reviennent même si elles reviennent dans le désordre, enfin le moment du décryptage sera possible.
Une écriture simple et poétique, appréciée par la presque totalité des lecteurs, même si l’une ou l’autre la trouvait trop simple.
Dans ce pays d’immenses forêts épaisses, où le nombre de jours de soleil est réduit les habitants y sont des êtres de silence, mais également de grande force de caractère, deux éléments qui leur permettent de pouvoir vivre la solitude imposée par la nature.
Les arbres qu’il faut abattre, la rivière qu’il faut traverser, les pierres sur lesquelles il faudra prendre appui, le courant qui conduira les trains d’arbres vers la scierie, c’est cette  nature que Pet Petterson sait magnifiquement décrire. L
e lecteur ne sait plus s’il est entrain de lire ou de regarder un écran de cinéma.
Enfin, l’explication du choix du titre sera révélée dans les toutes dernières pages du roman alors qu’il aurait pu s’expliquer dès les premières pages. Est-il possible d’écrire à la fin d’un tel commentaire… un livre à recommander.

Le rapport de Brodeck – Philippe Claudel – Stock

C’est le deuxième ouvrage de Philippe Claudel qui était proposé au club de lecture. Le premier était « La petite fille de M. Lihn ».
Malgré le grand nombre et la diversité des personnages, des actions qui pourraient se répartir facilement sur une grande partie d’un siècle, il a été fait par celle qui avait choisi ce roman une  étude très claire du livre.
Ensuite, chacune a pu parler du ressenti au cours de la lecture de ce nouveau Philippe Claudel, parfois de son mal être, certaines scènes sont tellement insoutenables ou au contraire du bonheur grâce à la description d’un paysage verdoyant.
Il y a le personnage principal dont le nom est inclus dans le titre. Personnage qui doit réaliser un rapport pour tenter d’éclaircir la place que chaque villageois a tenue au cours des horreurs qui se sont passées à cause de la guerre mais aussi de l’arrivée de l’étranger celui qui ne s’habille pas comme les villageois, qui ne mange pas comme eux, la haine qui va être développée à son encontre et par voie de conséquence les drames et les exactions.
Afin de donner peut-être un aspect plus heureux à tous ces drames, Philippe Claudel introduit une nature belle et sereine, des animaux qui donneront à ce récit l’aspect d’un conte.
Aucune des lectrices n’est restée indifférente, chacune insistant sur la tendresse de la vieille nounou, la place tenue par le curé du village ou par l’instituteur sans oublier l’amour pour ce Brodeck marqué dès sa petite enfance.
La séance n’avait pas lieu à Carré d’Art mais dans la médiathèque de Marguerittes où nous avons été reçues très amicalement. A ces quelques mots qui résument la réunion de ce samedi de la mi-mai, ajoutons tous nos remerciements aux bibliothécaires  marguerittoises
   Chaos calme Sandro Veronesi – édit. Grasset

Toute première expérience au club de lecture depuis dix ans bientôt qu’il existe. Dominique qui présentait le livre l’avait choisi parce qu’au moment des fêtes de fin d’année 2008, sortait en salles la version filmée de ce roman italien.
Souvent les lecteurs préfèrent se plonger dans le livre et ensuite aller voir et apprécier ce que l’œil d’un cinéaste en a tiré. Dans le cas présent, c’est à l’envers qu’il a fallu procéder. Certaines aimeraient pouvoir retourner au cinéma peut-être découvrir certains détails qui leur avaient échappé.
L’histoire est bien celle d’un chaos, au moment où le personnage principal sauve une femme qu’il ne connaît pas de la noyade, son épouse à quelques centaines de mètres de la mer meurt subitement devant les yeux de leur petite fille d’une dizaine d’années.
Situation assez improbable mais romantique, doublée par ce choix du veuf, juste après l’enterrement de se raccrocher à sa fille en passant ses journées devant son école. Il décide de cesser toute activité à un moment où une fusion au sein de son entreprise est en train de se réaliser. Un huis clos dans la voiture où il attend des journées entières vont permettre à ses collègues, des habitués de la place où il se trouve et des membres de sa famille de venir se confier comme le feront d’ailleurs ses collègues qui à cause de cette fusion traversent également une période difficile de leur vie.
Au milieu de tout ce chaos des adultes, les enfants représentent « le calme » particulièrement la petite fille qui joue le jeu de son père jusqu’au moment où elle décide que maintenant ça suffit la vraie vie doit recommencer.
De jolies pages pleines d’humour, où sont brocardés les utilisateurs de GPS ou les acheteurs d’ordinateurs qui croient avoir acquis une petite merveille.
Film et roman auxquels presque tous les membres du club ont adhéré dès la première page, d’autres avec plus de réticence.

  Mariage à l’indienne Kavita Daswani -  Editions de Fallois

En ce mois où le printemps pointe son nez,  le livre choisi était un roman ou un témoignage, c’est selon que l’on prend ce livre pour une histoire inventée ou la vie de l’auteur ou de ses amies.
Il a été peu question du style de Mme Daswani, simple et plaisant à lire mais sans grande originalité. Par contre, il a été question des problèmes rencontrés, même en France, par les mères dont les filles ne sont pas mariées à l’approche de la quarantaine.
Le roman fait surtout une part importante à la recherche assez frénétique par les parents d’un époux pour leur fille toujours pas mariée à plus de vingt cinq ans. Plusieurs fêtes de mariage sont rapportées par le menu, depuis les jours qui précèdent, les vêtements, la fête elle-même avec force détails sur les toilettes et les repas. L’héroïne est atypique, puisqu’elle est partie travailler à New York. Elle s’est donc un peu éloignée des jeunes gens restés en Inde et même de ceux qui sont également installés aux États-Unis mais préfèrent épouser dans le respect des traditions familiales.
Parmi nous, une grande voyageuse a eu la possibilité d’assister à un mariage à Accra. Son récit était tout à fait proche de ce que nous avions lu. D’autres l’ont vu comme un bel exemple de chick lit, un nouveau genre de roman, écrit par de jeunes femmes pour des jeunes femmes, traitant de façon légère la chasse au mari, le boulot, les relations familiales, la mode, la vie mondaine …
Une petite remarque : écrit par une femme, c’est un livre qui se révèle paradoxalement un peu antiféministe
  Jérémie ! Jérémie !   Dominique Fernandez – Ed. Seuil

C’est un auteur français qui a eu les faveurs du club de lecture du mois de février 2009. Sa biographie a été très détaillée, depuis ses premiers ouvrages jusqu’à son élection à l’Académie Française en 2007.
C’est la recherche des origines de l’écrivain Alexandre Dumas qui va emmener le lecteur jusqu’en Haïti en passant par Rome et Paris, car le biographe cherche les moyens financiers pour atteindre l’Amérique et pouvoir y rester suffisamment de temps pour faire une étude complète.
Jérémie n’est pas un prénom, mais le nom du village dont est originaire la grand-mère de Dumas une esclave noire.
Dominique Fernandez est un fin spécialiste de l’art, de la peinture italienne et ce n’est pas à Florence ou à Venise que nous sommes transportés mais à Rome, dans l’église Saint Louis des Français où se trouve une œuvre du Caravage «Le martyre de Saint Matthieu ».
Dans ce roman foisonnant nombreux sont les aspects qui sont abordés : le travail des chercheurs à l’université, les problèmes de l’esclavage et ses suites deux siècles après son abolition, les problèmes des O.N.G. et la vision qu’en retiennent les autochtones, sans oublier l’homosexualité et la collaboration qui est l’objet de son dernier livre, paru il y a quelques semaines.
Pour la majorité des lectrices de ce groupe, ce roman était une découverte de cet auteur, par contre pour le petit noyau qui restait c’était une lecture ou relecture d’un écrivain qui plait parce qu’il écrit une jolie langue et fait toujours découvrir en profondeur une œuvre peinte ou composée. Dans le cas présent, Alexandre Dumas est un peu oublié ces dernières années, mais grâce à Dominique Fernandez, c’est une excellente occasion de se replonger dans cette œuvre si flamboyante.

La culasse de l’enfer - Tom Francklin (Livre de Poche)


La Culasse de l’Enfer se passe dans l’Alabama, à la fin du XIXème siècle, une trentaine d'années après la guerre de Sécession.

Tom Franklin, jeune écrivain américain dont on parle beaucoup en ce moment, a tiré son roman d’une histoire vraie. Les événements se passent dans un petit village sudiste, Mitcham Beat. C'est dans cette région sinistrée, dans les bois et au milieu des champs de coton, qu'un groupe de jeunes hommes va semer la terreur, tuer, égorger tous ceux qui ne voudront pas les rejoindre.

Nous avons trouvé l'histoire passionnante, sa composition et son écriture parfaites. Les paysages sont magnifiquement décrits, le moindre détail prend toute sa place dans l'édifice, les tensions vont crescendo, jusqu'à l'intolérable. Atmosphères et sentiments sont rendus avec talent. Chaque personnage est analysé avec finesse et sans concession. Qu’il soit «bon» ou «mauvais», la face inattendue de chacun est toujours très bien analysée.

Au total, un roman dense dans lequel le lecteur se trouve comme englouti. Parfois, la violence est si bien décrite qu’elle devient insupportable.

Une discussion intéressante s’est engagée à l'issue de la présentation de la Culasse de l'Enfer, donnant envie à ceux qui n’avaient pas eu le temps de terminer cet important roman de se remettre à l'ouvrage !
 


Livres lus en 2008

Le rêve le plus doux Doris Lessing – Flammarion


Choisir un livre de Doris Lessing pour le présenter à un club de lecture n’est pas chose facile. Cette dame de la littérature anglaise, qui a reçu le Prix Nobel en 2007, a publié une soixante d’ouvrages, presque tous traitant de sujets politiques ou culturels.

La séance a débuté par un regard sur la biographie de l’écrivain, important parce que presque tout ce qu’elle a écrit est étroitement lié aux étapes de sa vie, donc ses romans ont souvent un aspect autobiographique. Ils sont aussi un témoignage de grande qualité sur son époque, qui est aussi, à certains égards, la nôtre.

Le rêve le plus doux est publié en Angleterre en 2001, et en France en 2004. Ces six cents pages  ne sont pas divisées en chapitres, seulement en deux parties, et quelquefois on a l’impression de se fourvoyer dans ce flot de mots. La première partie nous peint la vie des nombreux habitants d’une grande maison à Londres dès années 60 jusque dans les années 90.  Nous avons bien reconnu le mode de vie et même certains des protagonistes évoqués dans les pages du roman. On a aimé les personnages, pour la plupart assez attachants, la description de la vie des quartiers de la capitale anglaise, et du monde des journaux féminins traité avec beaucoup d’humour.

La deuxième partie du roman se passe en Afrique, au Zimbabwe après sa libération, et certains l’ont trouvée ennuyeuse, simple litanie des problèmes de l’Afrique post-coloniale. Une chose est sûre : dans l’ensemble de l’ouvrage, les femmes sont presque toutes assimilées à des héroïnes du fait de leur générosité et de leur engagement. C’est elles, selon Lessing, qui rendent la vie un tout petit peu plus vivable. Les hommes, incapables de voir la réalité en face, sont considérés comme des utopistes profiteurs de l’énergie féminine.
Les cerfs volants de KaboulKhaled Hosseini      Editions 10/18

Un roman qui commence et se termine sur fond de concours de cerfs volants, le titre met dans l’ambiance, même s’il a été noté qu’à l’origine,  en anglais il était plus proche de la réalité  « The kite runner » malheureusement presque intraduisible en français sans faire une longue phrase.

Trois parties bien distinctes dans cet ouvrage trois moments de la vie du héros, l’adolescence  en première partie à Kaboul, dans la société dirigeante, ensuite au début de l’âge adulte l’exil en Amérique pour trouver la paix, mais à quel prix et enfin une trentaine d’années plus tard le retour au pays.

Une histoire d’amitié, de culpabilité, d’essai d’oubli puis au retour essai de rachat de la faute commise dans sa jeunesse. Des secrets qui encombrent chaque génération et provoquent des drames au jour de la révélation certaines pourront être lavées à grands cris et grandes débauches d’action, mais pour d’autres il sera trop tard, les protagonistes ne seront plus là. 


Cet ouvrage tout en agaçant par son « trop » de beaucoup de choses qui auraient pu être évitées, a été bien apprécié, car bien écrit et attachant
La table des enfantsIsabelle Hausser – Ed. de Fallois


Isabelle Hausser n’est certainement pas la plus connue ni la plus lue des romancières françaises de notre époque. Il est vrai que ce n’est pas sa vocation première.

Tout d’abord plongée au cœur de la diplomatie par les fonctions de son mari et ses fonctions personnelles, elle étudie avec une acuité aigue les arcanes des lieux où ils vont se trouver immergés dans le cadre de leurs nominations.

Pour ce roman paru au tournant du nouveau siècle, le lecteur entre dans le monde de la famille uniquement, sans rapport avec les affaires ou les gouvernements. Sous forme policière, c’est l’originalité des deux héroïnes… toutes deux sont auteurs de romans policiers. A l’annonce de la mort de la fille dans un accident de la circulation, la mère va tenter de découvrir la personnalité de sa fille loin d’elle depuis de nombreuses années.
La vie mentie – Michel del Castillo – Fayard

Michel del Castillo fait partie de ces écrivains dont chacun a au moins lu un ouvrage. Une des raisons est qu’il a été édité alors qu’il n’avait que 24 ans et qu’il était très souvent invité dans les émissions littéraires.

Le personnage que l’on pourrait appelé personnage principal est sa grand-mère Vera, femme de volonté que l’auteur admire et puis autour des vies que l’on pourrait dire trop vite terminées ou effrangées.

Une image de la vie dans le monde de la publicité qui pourrait faire frémir lorsque l’on n’en fait pas partie, mais dont l’analyse est certainement juste si on la replace dans les vingt ou trente dernières du siècle précédent.

Ce roman a été diversement apprécié beaucoup aimé par certains et très critiqué par d’autres lecteurs qui aimaient ses romans précédents et leur écriture plus fouillée.
Les vies minuscules – Pierre Michon –

Pierre Michon fait partie de ces écrivains qui déconcertent tout d’abord puis envoûtent le lecteur à la manière d’un Marcel Proust. C’est ce qui ressort de la présentation de l’une des œuvres de cet écrivain.

Vies minuscules mais pas misérables. Ce sont des récits. Chacun d’eux est violent et court. L’implication de l’auteur est dans chaque chapitre.

Pierre Michon a tenté d’écrire mais n’est jamais satisfait, il se pense incapable  d’écrire et de parler des problèmes qui ont jalonné sa vie et l’ont conduit par certains moments à une vraie déchéance physique causée par l’alcool.

De très belles images de la vie rurale sont décrites lors de l’évocation d’un personnage ou d’un autre.

Lorsque le lecteur sort d’un pareil ouvrage il peut écrire en lettres majuscules « C’est la vraie vie »
A l’abri de rien  - Olivier Adam – Editions de l’Olivier

Ce roman est l’œuvre d’un jeune écrivain. Malgré ses seulement 34 ans, Olivier Adam peut déjà aligner 6 ouvrages qui portent son nom sur un rayonnage de bibliothèque. Il ne craint pas de traiter des sujets graves et souvent noirs. Plusieurs de ces livres ont déjà été portés à l’écran.

Cette fois, la ville dans laquelle se déroule l’histoire est Calais, à une saison où le soleil ne brille pas, où de nombreux étrangers se retrouvent chaque nuit avec l’espoir de trouver un bateau ou un camion qui leur permettra d’arriver sur l’autre rive de la Manche, le pays qu’ils espéraient atteindre, où on leur avait dit qu’ils pourraient vivre « normalement », peut-être pour certains retrouver des membres de leur famille déjà installés.

Marie, l’héroïne principale est une jeune femme dépressive, qui a vécu un drame familial, qui tout d’un coup veut faire quelque chose de sa vie en aidant ces étrangers…. Sortir de son quotidien, quitte à tout détruire et aussi détruire la vie de ceux qui l’entourent qu’ils soient adulte comme son mari ou bien jeunes, ses enfants.
 
Livre présenté avec beaucoup de détails, et qui ensuite a suscité une discussion très intéressante, certains s’appuyant sur le style, d’autres plus sur le profil des personnages

Le témoignage est un combat (Une biographie de Germaine Tillion) - Jean Lacouture - Seuil - Librairie du XXème Siècle

Cet ouvrage avait été choisi par le club de lecture pour permettre de connaître ou mieux connaître Germaine Tillion qui vient de fêter ses 100 ans en 2007.

Cette femme exceptionnelle a traversé le siècle, par contre sa biographie n'est pas l'histoire du siècle. Elle va, à cause de ses études d'ethnologue et des circonstances être amenée à devenir une experte de l'Algérie puis être un témoin privilégié sur la déportation dans les procès qui se tiendront après la seconde guerre mondiale, excepté le procès de Nuremberg. En 1934, année où elle termine ses études, ses maîtres Marcel Mauss et Louis Massignon, lui conseillent de partir en Algérie, dans les Aurès pour étudier un peuple qui malgré la colonisation française a conservé son mode de vie traditionnel. Elle travaille énormément pendant 6 ans, c'est en 1940 qu'elle revient en France au moment de la capitulation à la mi-juin. Sans attendre elle décide d'agir, déjà là où elle est affectée, au Musée de l'Homme. Elle a toujours besoin de comprendre, car si l'on comprend on est capable de dominer une situation, même lorsqu'il s'agira de l'horreur des camps de concentration. Elle sera déportée à Ravensbruck, fera partie de celles qui se battent pour faire reconnaître les sévices que subissent, entre autres, les polonaises que l'on mutile pour faire des expériences. En 1954 elle retourne en Algérie juste au moment du premier attentat contre un instituteur. Elle ne reconnaît plus ce pays et en étudiant constate sa clochardisation à cause de l'intensification de la vie urbaine et le début des bidonvilles. Comme après la guerre 39/45, après la guerre d'Algérie elle assistera aux procès pour comprendre, défendre et expliquer. Elle analyse, en scientifique des sciences humaines, toujours, avec beaucoup d'intelligence. Aujourd'hui encore, retirée en Bretagne, elle est toujours visitée et consultée.

Livre auquel le lecteur pourrait reprocher trop de détails sur l'environnement de Germaine Tillion et trop peu sur sa vie personnel






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