Livres lus en 2007

  TOUT CE QUE J’AIMAIS par Siri Hustvedt- Roman traduit de l’américain par Christine Leboeuf
Actes Sud, 2003

Ce roman n’a pas séduit tout le monde. Certains n’en ont lu qu’une cinquantaine de pages, ne trouvant rien d’attachant à ces personnages enfermés dans leur petit monde d’artistes intellos new-yorkais des années 70s, complètement absorbés par leurs affaires personnelles. En général, on a trouvé ennuyeux l’air suffisant des premiers chapitres, mais peu à peu le livre se révèle plus riche et plus intéressant.  

Le narrateur, Léo, professeur de beaux arts, raconte la vie des personnages : sa femme Erica, ses amis, Bill, l’artiste, et Violet, la psychologue, leurs enfants Matt et Mark, et leur entourage.  Au début, ça se passe pour eux sans anicroche: ils s’établissent dans leurs relations, dans leur travail. Puis la mort de Matt, à 10 ans dans un accident, bouleverse tout et tout le monde. Léo ne perd pas seulement son enfant, mais sa femme, qui le quitte, son ami Bill, qui meurt, la vue même, événement d’autant plus dévastateur qu’il est professeur d’arts visuels.  Le comportement incompréhensible de Mark lui fait perdre aussi son sens de la cohérence du monde.

Le déroulement des événements dans la deuxième partie du roman est assez prenant. Les lecteurs ont aimé en particulier les descriptions détaillées des œuvres de Bill et l’exposé des recherches de Violet sur l’histoire de l’hystérie.

  La chute de Madrid – Rafaël Chirbes – Editions Rivages

Rafaël Chirbes est né en 1949. Il est journaliste et critique littéraire. Venu tard au monde de la littérature, son oeuvre cherche à être le reflet de la société espagnole. Ce roman raconte les 12 heures qui ont précédé l’annonce officielle de la mort de Franco, le 19 novembre 1975. Ce temps va être ramené à ce qui se passe dans une famille madrilène.

Ce jour là, chez les Ricart, on prépare une réception pour les 75 ans du chef de famille José, propriétaire d’une entreprise de meubles florissante. Le lecteur entre dans l’intimité des membres de la famille, des domestiques ainsi que des invités à cette soirée. Au total, 20 personnages et chacun sera le personnage central d’un chapitre. Sont évoqués et analysés le présent et le passé depuis les événements qui ont conduit à la prise du pouvoir par Franco. Ce jour-là, tous imaginent l’avenir. Certains ont une peur physique de l’instabilité, d’autres ont peur des représailles au regard de leur attitude pendant toutes ces années de répression. Chirbes réussit le tour de force de rendre ces hommes et ces femmes attachants, quoi qu’ils aient fait.

Ce roman, écrit bien après les événements, tient compte de ce qui est advenu depuis en Espagne… une transition douce vers une monarchie moderne.


  Madame Bâ  - Erik Orsenna - Ed Fayard / Stock

Erik Orsenna nous raconte dans ce roman, une histoire d’aujourd’hui, histoire autour de laquelle il met tous les ingrédients pour faire un roman agréable à lire et à suivre tout au long de ses 500 pages. Madame Bâ est une Malienne Soninké, mais sa vie, depuis le moment de sa naissance est déjà un roman. Sa mère va accoucher dans une situation peu banale, sa position dans le ventre de sa mère fait croire qu’elle est un garçon… devenue adulte, elle épouse par amour un homme d’une autre ethnie un Peul. Elle est instruite,  son grand père était forgeron de plus combattant de la « Grande Guerre » au Chemin des Dames, son père était « presque » ingénieur. Une demande de visa va constituer la trame de cette histoire dont les chapitres vont suivre les différentes lignes du formulaire à remplir, c’est ce qui va permettre de raconter l’histoire de cette femme depuis sa naissance jusqu’au moment où elle essaie de gagner la France comme clandestine, sa demande de visa ayant été refusée. A cette époque elle est grand-mère d’un garçon « Michel » qui a été choisi par des recruteurs de futurs footballeurs. Il part pour la France, au début tout se passe bien, elle reçoit régulièrement des nouvelles… puis son inquiétude est grande lorsque depuis plusieurs mois il ne donne plus signe de vie…. il lui faut absolument le rejoindre ou se rendre près de lui.

Ce livre a permis une discussion intéressante, certains ont été rebutés par ce moyen de décrire la vie et les problèmes des Maliens du Mali et de ceux de Montreuil, d’autres lecteurs se sont pris au jeu.

Certains d’entre nous ont fait un ou plusieurs voyages au Mali ou vécu dans d’autres pays d’Afrique noire. Tous ont retrouvé les coutumes et réactions des personnages qu’ils avaient rencontrés dans la réalité. Un ouvrage qui ne laisse pas indifférent.


  Alphonse – Akli Tadjer - Pocket

Tout d’abord, qui est Akli Tadjer ? C’est un kabyle né à Paris, qui longtemps a préféré les bandes dessinées aux programmes  scolaires, jusqu’au au jour où il découvre Céline et Le voyage au bout de la nuit ainsi que Rachid Mimouni. Afin d’allier écriture et mobylette, il devient coursier dans un journal hippique. Et puis, il est devenu écrivain, son cinquième roman « Bel avenir » vient tout juste de paraître. Le héros du roman choisi pour la réunion du 31 mars, est un petit parisien maghrébin pour qui tout semble bien aller jusqu’au moment où sa mère entre à l’hôpital. Son père décide de l’envoyer dans la famille d’un oncle dans le nord de la France. Il découvre un racisme rampant, il devra changer son prénom arabe en prénom européen, faire attention à ce qu’il dit et qu’il fait.

Avec un vocabulaire spécial loin des formes académiques, est contée cette expérience de quelques mois quarante ans plus tard au moment de retrouvailles avec l’une de ses cousines.

Le club de lecture des Usagers de Carré d’Art a été rejoint pour cette séance par une dizaine de membres de l’Association Coup de Soleil à l’origine d’un prix de littérature maghrébine, Alphonse était un des sept ouvrages sélectionnés pour la saison  2007. La discussion a été animée et s’est concentrée en partie sur le vécu des immigrés.




L’auteur ! L’auteur ! – David Lodge – Editions Rivage
Le tour d’écrou – Henry James – Le livre de Poche


L’ouvrage de David Lodge a été diversement apprécié. Est-ce parce qu’il avait pour sujet Henry James un écrivain considéré comme difficile et parfois ennuyeux ?

James est cependant agréablement présenté dans son entourage, sa famille et ses amitiés. Parmi ses amis sont particulièrement étudiés ses rendez-vous et jugements sur la famille Du Maurier. Il a aussi des rapports très forts avec sa sœur et sa nièce qui portaient le même prénom Alice. Bien que James ne se soit jamais marié et n’ait semble-t-il  pas eu de liaison, les femmes sont très présentes dans sa vie.

Lodge présente sur 80 pages, avec beaucoup de brio la journée de l’auteur avant la générale de sa pièce de théâtre, l’angoisse, l’espoir d’une bonne critique, mais aussi la nécessité de se faire discret, de rester loin de ceux et celles qui vont monter et jouer l’oeuvre.

Le tour d’écrou pourrait être considéré comme un roman fantastique ou comme un roman où tout est mystère, et le mystère n’est pas où il semble être au début... une étude psychologique poussée mais qui garde même après le point final tout son secret.

Grâce à ces deux ouvrages proposés pour la même séance du club de lecture, il a été possible d’aborder la littérature du tout début du XXème siècle, en Angleterre à l’époque victorienne et ce qu’un écrivain environ cent ans plus tard peut en dire.  

  « Neige » Orhan Pamuk – Gallimard

Choisir, un tel titre pour un club de lecture de juin à Nîmes pourrait paraître quelque peu cocasse. C’est tout d’abord l’auteur qui avait été retenu, il a reçu le Prix Nobel de Littérature 2006. Son pays d’origine présentait aussi un intérêt : la Turquie au moment où une entrée éventuelle de cette nation dans l’Union Européenne suscite des discussions passionnées et passionnantes.

Orhan Pamuk a tout juste 55 ans et vit le plus souvent à Istanbul, diplômé en architecture et journalisme il a passé quelques années aux Etats-Unis. Il lutte pour la défense des droits de l’homme, dénonçant la politique de son pays à l’égard des Kurdes et jouant la mouche du coche au sujet de la reconnaissance du massacre des Arméniens au début du XXème siècle. Pour tous ces engagements, il est régulièrement menacé de mort, dans ces moments, il trouve refuge aux Etats-Unis. Ses romans traitent de l’actualité ou dans de sujets historiques tels «Le château blanc » sur la confrontation des savoirs entre un Turc et un Vénitien au XVIIème siècle, « Mon nom est rouge » polar dans le monde des peintres du XVIème siècle, d’une part et  « Istanbul » son dernier roman autobiographique dans lequel Orhan Pamuk compare l’évolution de la ville où il vit et sa vie personnelle.

« Neige » fait partie des romans fondés  sur l’actualité. Sont traités d’un côté le problème des jeunes filles voilées qui dans ce pays laïc sont interdites de cours à l’université et c’est pour cette raison que plusieurs d’entre elles se sont suicidées dans une petite ville d’Anatolie (Kars), et d’un autre côté dans cette même ville les élections municipales provoquent des tensions très importantes ente les partisans de la laïcité et les religieux les amis d’hier  deviennent des ennemis aujourd’hui. Ces questions sont vues par un Turc qui a émigré en Allemagne et ne comprend plus son pays d’origine.

Ce livre a été apprécié pour l’écriture de grande qualité, le sujet traité avec beaucoup de sincérité et permis à plusieurs des lecteurs d’entrer dans l’esprit de ces problèmes qui sont souvent traités trop rapidement à la télévision ou dans les journaux.

  L’attentat – Yasmina Khadra – Pocket

L’auteur du roman choisi pour la rentrée de septembre 2007 n’est pas une femme même si le prénom est trompeur, c’est un homme né dans le Sahara algérien en 1955. Bien qu’il se soit découvert très jeune un goût pour la littérature, afin de ne pas désobéir à son père, il devient militaire. Carrière qu’il abandonnera au bout de quelques années pour être uniquement écrivain ce qu’il est toujours.

L’attentat est le premier volet d’une trilogie, aujourd’hui, complètement éditée, les deux autres œuvres ont pour titres Les hirondelles de Kaboul et Les sirènes de Bagdad.

L’histoire de L’attentat  est celle d’un chirurgien arabe, Amine, parfaitement intégré dans la société israélienne, au début roman, un attentat vient d’être commis dans un « fast food » où des enfants fêtent un anniversaire. Quelques heures plus tard, le héros découvre que c’est son épouse qui est le kamikaze. A partir de cette découverte, Amin commence une enquête pour essayer de comprendre pourquoi et comment son épouse a pu tenir le premier rôle dans cette horreur, entrer dans un tel engrenage. Mille questions sont posées, chaque lecteur peut être intéressé plus par l’une ou par l’autre. Est-ce un roman d’amour certainement oui, un roman sur la violence oui aussi, mais aussi sur l’humiliation. Enfin, un roman sans espoir dans lequel Amin sera tué deux fois, psychologiquement par l’implication de sa femme dans un premier attentat  et physiquement dans un second attentat.

Une discussion très intéressante s’est engagée dans laquelle chacune et chacun a apporté sa petite pierre, pas sa petite bombe.

   L’élégance du hérisson  Muriel Barbery – Gallimard

Ce titre énigmatique, l’auteur nous en donne l’explication à la page 153 du roman : Mme Michel, (l’héroïne principale, concierge de son état)  elle a l’élégance du hérisson : à l’extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j’ai l’intuition qu’à l’intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes

Le choix de ce mois d’octobre a permis une discussion intéressante entre les inconditionnels du livre, les tièdes et les franchement agacés non pas par le style auquel tous ont reconnu de grandes qualités mais plutôt par le choix des personnages et leur vécu si peu vraisemblable.

Muriel Barbery est une amoureuse de la grammaire, et prend beaucoup de plaisir semble-t-il à jouer avec les mots.  Dans cet immeuble cossu de la rue de Grenelle à Paris, chacun a un rôle à jouer et personne ne doit sortir de la place qui lui est dévolue…. En réalité chacun dévoilera aux autres locataires ou propriétaires très tard son véritable personnalité.

Enfin il a été reconnu à l’auteur une grande particularité elle ne pourra pas, comme nombre de ses collègues écrivains, imaginer une suite, son héroïne principale ne survit pas à la dernière page du roman.

  Le pianiste – Manuel Vasquez-Montalban – Point Seuil


Roman choisi pour le mois de novembre 2007, il y a une raison toute particulière, l’Association des Usagers de Carré d’Art organise le 22 du même mois une conférence sur le thème de « La traduction ». La conférencière est « Michèle Gazier » traductrice en français de presque toute l’œuvre de cet écrivain espagnol dont cet ouvrage. Ce livre comporte trois parties bien distinctes dans le temps mais également en ce qui concerne la vie et les réactions des héros, face aux événements politiques auxquels ils sont confrontés, leurs vies seront bouleversées, prendront un chemin chaotique ou linéaire.

La première partie se passe dans un huis clos de la Barcelone des années 1980, au moment de la préparation de l’anniversaire d’un gros industriel. Partie un peu difficile à démêler en raison du nombre important de personnages, et les héros principaux ne se distinguent pas dès les premières pages.

La seconde partie au contraire, se déroule dehors, à l’air libre, sur les terrasses de la capitale catalane, c’est le petit peuple qui cherche un instrument pour le pianiste qui vient de sortir de prison. Des Barcelonais peu riches qui connaissent tous des difficultés matérielles mais aiment s’amuser, faire de la musique, et se mêlent peu souvent, sauf en cas de nécessité, à ceux qui marchent et courent dans les rues de la ville.

Enfin, la dernière partie, moins passionnante pour nombre de lecteurs revient sur la jeunesse des protagonistes, à Paris, au moment du front populaire et du début de la guerre d’Espagne. Chacun va prendre un chemin, ou celui de l’action politique ou celui du retrait et de la soumission aux événements.

Livre riche et intéressant, destiné particulièrement aux Espagnols qui ont obligatoirement opté pour un côté ou l’autre de la société. L’auteur enfant dans la seconde partie du livre y apparaît sous les traits d’un petit garçon.

Le second roman qui était proposé « Teresa l’après midi » de Juan Marsé n’a pas été lu par tous les membres du club de lecture, mais certains de ceux qui l’avaient lu l’ont préféré au Pianiste.


   Du côté de chez Swann – Marcel Proust – Livre de Poche

Grâce à une présentation aussi érudite que brillante chacun a découvert ou redécouvert le génie de Proust.

Marcel Proust est né en 1871 au début du Second Empire, il est mort en 1922 peu après la première guerre mondiale. L’œuvre de Proust effraie nombre de lecteurs. Les raisons sont multiples pour rester en dehors de l’œuvre de cet écrivain. Il s’est tissé tout autour de cette écriture comme un filet pour en faire une œuvre difficile, comme réservée aux initiés à un petit cercle.

En réalité Proust lui-même bute au début de sa carrière, sur le sujet même de ce qu’il va dire… grande question « De quoi vais-je parler ? » Mais, lorsque qu’il en prend le temps, le lecteur est vite captivé par l’émotion et l’intelligence du texte. Les cinq sens sont sollicités en une seule phrase.

Cet écrivain, aujourd’hui traduit et connu dans le monde entier,  a été, au début édité par Grasset à compte d’auteur.

Les inconditionnels de Proust ont bien sûr été heureux, de pouvoir partager leur enthousiasme, les autres membres du club ont été aussi très heureux de pouvoir aborder cette littérature avec des clefs pour mieux la comprendre et l’apprécier



Livres lus en 2006


Tout ce que j'aimais par Siri Hustvedt - roman traduit de l'américain par Christine Lebœuf - Actes Sud, 2003

Ce roman n'a pas séduit tout le monde. Certains n'en ont lu qu'une cinquantaine de pages, ne trouvant rien d'attachant à ces personnages enfermés dans leur petit monde d'artistes intellos new-yorkais des années 70s, complètement absorbés par leurs affaires personnelles. En général, on a trouvé ennuyeux l'air suffisant des premiers chapitres, mais peu à peu le livre se révèle plus riche et plus intéressant.

Le narrateur, Léo, professeur de beaux arts, raconte la vie des personnages : sa femme Erica, ses amis, Bill, l'artiste, et Violet, la psychologue, leurs enfants Matt et Mark, et leur entourage. Au début, ça se passe pour eux sans anicroche: ils s'établissent dans leurs relations, dans leur travail. Puis la mort de Matt, à 10 ans dans un accident, bouleverse tout et tout le monde. Léo ne perd pas seulement son enfant, mais sa femme, qui le quitte, son ami Bill, qui meurt, la vue même, événement d'autant plus dévastateur qu'il est professeur d'arts visuels. Le comportement incompréhensible de Mark lui fait perdre aussi son sens de la cohérence du monde.

Le déroulement des événements dans la deuxième partie du roman est assez prenant. Les lecteurs ont aimé en particulier les descriptions détaillées des oeuvres de Bill et l'exposé des recherches de Violet sur l'histoire de l'hystérie.
 


Une histoire de la lecture -par Alberto Languel -  Actes Sud


L'auteur est né en Argentine en 1948. Il passe ses premières années en Israël où il aura une nourrice qui lui parlera allemand, hébreu et anglais. L’ouvrage qui nous concerne a été édité il y a quelques années, son oeuvre le plus récent est «La bibliothèque la nuit».

A. Manguel a abordé nombreux aspects de la littérature : les biographies, une anthologie de la littérature, des contes de fantômes, des contes pour parents et enfants, différents livres sur la lecture. Cet érudit qui réside dans un presbytère près de Châtellerault est aussi un lecteur invétéré, il possède 30 000 volumes… Ce polyglotte écrit le plus souvent en anglais.

« Une histoire de la lecture » a été écrite en 7 années. C’est une mine de renseignements tant sur l’écriture, l’imprimerie, les différents types de lecteurs. Chaque chapitre est très court. Une lecture continue n’est pas nécessaire, car chacun peut être intéressé par un sujet ou par un autre et pas du tout par un troisième.

Il y a des anecdotes savoureuses, ainsi le cigare « Monte Cristo » vient du fait que dans certains ateliers de fabrication de cigares, les ouvriers écoutaient la lecture pendant leur travail, le lecteur était payé par leurs soins. Le roman d’Alexandre Dumas a été un des premiers ouvrages lus dans un atelier de Cuba. Enthousiastes, les cigariers ont demandé à l’auteur l’autorisation de donner le nom du personnage principal à leurs cigares, ce qui leur a été accordé, c’est ainsi qu’il porte toujours ce nom.


  La petite fille de Monsieur Linh - Philippe Claudel - Ed. Stock

L'auteur n’a pas 45 ans. Depuis 1999 Philippe Claudel a publié 15 ouvrages dont plusieurs ont été primés. Les Ames Grises, le roman publié juste avant l’ouvrage qui nous intéresse aujourd’hui est devenu un film.

La petite fille de Monsieur Linh porte la mention « roman », cette tranche de vie qui est relatée, sans avant et sans après aurait pu tout aussi bien être considéré comme une « nouvelle ».

Monsieur Linh a dû quitter son pays lointain, il ne lui reste plus qu’une poignée de terre qu’il a ramassée avant de partir, et une petite fille prénommée « Matin doux » Dans ce nouveau pays que certains lecteurs ont pu imaginer être la France (Marseille) ou l’Amérique « New York », l’exilé va connaître la solitude, le déracinement, la douce folie, mais aussi une Amitié rare avec un homme presque aussi perdu que lui, mais pour d’autres raisons bien différentes.

Cette histoire délicate a été très appréciée grâce au mystère entretenu jusqu’à la dernière page, à la sagesse du vieillard, même si l’auteur semble nous induire en erreur.

C’est un livre que l’on aimerait recommander, oui mais, à lire lentement pour en goûter la subtilité et la poésie.
 
La mort du roi Tsongor - Laurant Gaudé - Ed. Actes Sud

Ce livre au titre énigmatique a reçu l’un des derniers prix Goncourt des Lycéens. L’auteur, Laurent Gaudé fait partie, malgré le nombre important de pièces de théâtre et de romans qu’il a écrits, des jeunes écrivains. Il n’a pas encore 35 ans.

Les avis des lecteurs ont été très divers. Il est vrai que le texte est très imbibé de « sang ». Il a été même qualifié par certains de « conte sanglant pour adultes ». Ce roman, est jalonné de voyages et de guerres qui reprennent des thèmes tel celui de la guerre de Troie ou des traditions de l’Egypte ancienne, par exemple, mettre une pièce dans la bouche des morts avant de les enterrer.

Des thèmes sont bien développés comme le parcours initiatique ou celui de la Sagesse, mais le lecteur reste dans le flou, quant à la description des villes.

Ce roman est certainement apprécié par les adolescents, plus que par les adultes, qui y trouvent une possibilité à chaque retour ou chaque échec, de tout recommencer.
  Le voyage des grands hommes - Franàois Vallejo - Ed. Viviane Hamy

François Vallejo est un jeune écrivain publié par Viviane Hamy. Il est actuellement l’auteur fétiche de cette maison d’édition parisienne créée il y a 16 ans. Les livres précédents « Groom » et « Mme Angeloso » étaient de la pure fiction, ici, le roman est construit sur des faits vraisemblables. Il n’est pas certain que Mme d’Epinay ait offert un voyage à Rousseau dont elle a fait la connaissance grâce à son amant Diderot, ami de Rousseau et de Grimm devenu ami de Diderot grâce à la musique. Mais cela est tout à fait imaginable. Lambert, le valet choisi par Mme d’Epinay pour accompagner vers l’Italie ces trois hommes écrit ses mémoires 50 ans après les faits au moment où les cendres de Rousseau entrent au Panthéon et où les Révolutionnaires ont oublié que ceux qu’ils vénèrent ont fréquenté la noblesse et même dépendu d’elle. Certains flottements entre les différentes époques, le déroulement du voyage, la rédaction des mémoires, et leur redécouverte par le descendant et auteur du roman, peuvent déconcerter et faire perdre à ces pages de leur unité, mais, les pastiches de ces écrivains du XVIII ème siècle sont particulièrement réussis.

Un écrivain que certains d’entre nous lisaient la première fois, a été particulièrement apprécié pour la qualité de son écriture et son style très travaillé.
  Espions - Michel Frayn - Ed. Gallimard

Quelques mots tout d’abord concernant l’auteur. Michael Frayn est né à Londres en 1933, il a grandi dans la banlieue de cette capitale. A dix huit ans, l’armée l’a envoyé apprendre le russe à Cambridge, où, par la suite, il a fait des études de philosophie. Il a commencé sa carrière d’écrivain comme journaliste au Guardian, et comme traducteur de Tolstoï et Tchekhov.

C’est en 1965 qu’il publie son premier roman. Il devient rapidement un auteur apprécié capable de mélanger les genres dans chaque œuvre.

Le roman qui est l’objet de ce petit commentaire est une réminiscence d’une période de son enfance. C’est une histoire de gosses qui s’inventent des histoires extravagantes ou fantastiques dans un monde en guerre. Interviennent ses parents ainsi que les voisins dans un quartier qui pourrait être Wimbledon ou l’équivalent, une rue où tout le monde s’espionne. Roman d’action, dans lequel le suspens est constamment présent.

Livre choisi parmi la liste des œuvres du 3ème prix européen des jeunes lecteurs, il a été diversement apprécié, jugé « livre marketing » par les uns goûté par les autres qui ont aimé son ambiance romanesque. FD
  Les Adieux à la Reine - Chantal thomas - Seuil

L'historienne Chantal Thomas a publié en 2002 cette courte fiction. Le thème en est l'effondrement en trois jours les 14,15, 16 juillet 1789 du Versailles brillant et doré en place depuis Louis XIV , 4000 courtisans entourent le roi tout occupés par les intrigues, les libertinages et la conversation. Hors de cette "petite ville", le peuple souffre et la cour ne voit pas qu'il vient mettre un terme à ce bel ordre.

La narratrice, témoin de ce boueversement, est la lectrice adjointe de la reine. Ce récit, elle le fait vingt après. Elle est devenue une femme d'âge mûr, qui vit en Autriche. Grâce à la reine, elle a fait partie des premiers émigrés, jetée dans un carrosse avec la meilleure amie de Marie Antoinette, Me de Polignac.

Agathe Laborde se remémore sa fascination pour la reine qu'elle a servie durant onze années. Elle est impressionnée par cette de 34 ans, qui règne depuis 20 ans sur la France, mais malheureusement ne s'est jamais sentie chez elle au château. Elle" nous montre l'image d'une aristocrate lucide qui sait faire front. L'archiduchesse devenue dans la bouche des Français l'archigresse a trouvé dans sa lectrice adjointe le meilleur des avocats.

Œuvre surprenante et différente des nombreux ouvrages consacrés relatifs à ces années bouleversées. Chantal Thomas réussit à faire entrer, avec beaucoup d'originalité, ses lecteurs dans cette période : l'aube de la Révolution et fin d'un monde.

Lecteurs et lectrices ont beaucoup apprécié cet ouvrage historique et psychologique, érudit et élégant.

Livres lus en 2005


 

La jeune fille à la perle - Tracy Chevalier - Ed. Gallimard

Fascinée par ce tableau de Vermeer, Tracy Chevalier, n'a certainement pas été la seule depuis que cette œuvre a été peinte par le maître de Delt.

Ce roman est une fiction à laquelle on aimerait croire. Une jeune fille devient la servante de cet homme reconnu, tout d'abord pour une bonne cause: donner plus d'aisance à sa famille, en effet son père faïencier ne plus travailler suite à un terrible accident qui l'a rendu aveugle, d'autre part pour une raison qui pourrait paraître futile : lorsque Vermeer vient la recruter, elle arrange les légumes avant de les faire cuire avec un goût certain pour les couleurs et les nuances.

L'écrivain(e) trace un magnifique tableau de la vie de Delt au 17ème siècle, portrait des familles riches et pauvres, rapports entre ces deux pans de la société, vêtements portés par les uns pas par les autres ... parmi les éléments de la place que chacun doit tenir l'exemple le plus frappant est cette perle qui apporte toute la lumière au fameux tableau et sera dix ans après l'œuvre, l'objet d'un malentendu. Vermeer laisse en héritage à la jeune fille cette paire de boucles d'oreille, elle choisira de la vendre plutôt que de porter ce bijou réservé aux dames de la haute société dont elle ne fera jamais partie même si elle s'est élevée dans la hiérarchie par son mariage.

La discussion a été heureusement agrémentée par une présentation de l'ensemble des œuvres de Vermeer. Si une lectrice a regretté que l'on se permette de romancer l'Histoire, il est tout de même heureux que cet ouvrage ait permis de découvrir ou redécouvrir "La Joconde du nord".


 
 La prisonnière des Sargasses – (titre original – Wide Sargasso Sea)
Jean Rhys – Ed. Gallimard

« Jean » c’est le prénom anglais d’une femme née à la Dominique en 1890 de père Gallois, de mère Dominicaine. Après avoir quitté la Dominique pour l’Angleterre à l’âge de 16 ans, elle devient artiste de scène, fréquente une sorte de demi-monde à Paris, Londres, Vienne, Bruxelles. Elle contractera plusieurs mariages malheureux, puis sombrera dans l’alcoolisme et mourra en 1979.Son succès littéraire est tardif. Elle commence la rédaction du roman, objet de la rencontre de février du club de lecture, en 1957. Rédaction qui durera neuf ans jusqu’à sa publication en 1966. Le livre obtient un grand succès, et toute son œuvre antérieure est vite rééditée .Tous ses livres sont en grande partie autobiographiques. On y trouve l’enfance antillaise, la solitude des exils, les amours difficiles, l’insécurité économique, la peur, la presque-folie et les refuges dans l’alcool.

La Prisonnière des Sargasses raconte l’histoire d’Antoinette Cosway, une créole blanche qui grandit à la Jamaïque, avant son mariage arrangé désastreux avec un anglais. Emprisonnée dans un manoir en Angleterre, elle finit par devenir folle. En effet, le roman ne prend tout son sens que lu en parallèle avec Jane Eyre, de Charlotte Brontë. Jean Rhys raconte une autre version de la première Mrs Rochester, la folle enfermée dans le grenier de Jane Eyre, et en même temps fait une critique forte de la colonisation britannique et de la société patriarcale. C’est aussi un tableau précis et fouillé de l’Angleterre au moment où elle abandonne ses terres coloniales et leurs habitants.

Mais même ceux qui n’ont pas fait le lien avec Jane Eyre ont trouvé le livre envoûtant et angoissant. Il évoque avec beaucoup de finesse les tropiques, leurs couleurs, leur moiteur, leur chaleur, région dont la haine raciale met en scène à chaque instant la menace et la noirceur. Jean Rhys dépeint une héroïne, amoureuse de la liberté, qui refuse les contraintes du colonialisme et du sexisme.

Un écrivain qu’il faut découvrir ou redécouvrir à travers cette œuvre.


 

Médée - Christa Wolf -Stock

Le livre choisi pour le premier club de lecture de l'année 2006 n'est ni un conte, ni le livret d'un opéra reprenant le mythe de la femme colchidienne venue de Corinthe, mais un roman autobiographique publié en 1983. Dans cette œuvre, Christa Wolf est Médéze. Ecrivain(e) née en Poméranie en 1929, dans une famille sympathisante nazi. Au début des années 1950, elle rencontre un rescapé des camps, le récit de cette période de la vie de cet homme, la fait changer radicalement d'opinion, elle opte pour le communisme et adhère à ce parti. Au moment de la chute du mur de Berlin elle va revenir en partie sur ses certitudes. Elle va connaître une période difficile. Son œuvre est contestée et elle-même est mal reçue par ses anciens amis. C'est d'ailleurs loin de l'Allemagne qu'elle écrit ce livre : en Floride.

Ce roman composé de chapitres assez courts laisse s'exprimer tous les protagonistes de l'histoire de Corinthe origine du mythe de Médée. Par exemple, comment se règlent les problèmes de succession à la tête d'une ville ou d'un royaume. Les sociétés tribales sont vues par plusieurs personnages, hommes et femmes. De même qu'est évoquée la nécessité à certains moments que soient exécutés des meurtres rituels lorsqu'un nouveau chef arrive. Christa Wolf, la féministe, condamne le patriarcat et la propriété privée deux causes, pour elle, de la décadence de cette société.

Médée est présentée comme le bouc émissaire, la victime expiatoire, et non comme dans d'autres œuvres, l'assassin de son frère et de ses jumeaux.

Livre diversement apprécié, certains ont regretté manquer de repères à la mythologie grecque, d'autres ont été déconcertés par plusieurs réflexions de l'auteur. Après la discussion intéressante, laissons à Christa Wolf le dernier mot "J'écris sur ce qui m'inquiète"

 
 

Chers disparus - Claude Pujade Renaud - Actes Sud - 2004

Ce sont les récits de cinq veuves d'écrivains du 19ème siècle : Jules Michelet, Robert Louis Stevenson, Marcel Schwob, Jules Renard et Jack London. Leurs veuves respectives se prénomment Athénaïs, Fanny, Marguerite et Charmian.

C'est un roman original, intéressant à plusieurs niveaux.Certains lecteurs ont été attirés par l'intérêt biographique, ces maîtres de la littérature du I9ème étant révélés sous une autre lumière que celle des biographies officielles, grâce à l'astucieuse utilisation de leurs journaux intimes par Claude Pujade Renaud. D'autres étaient impressionnés par les personnalités, très constrastés des cinq femmes qui ont souvent vécu une sorte de purgatoire dans leur vie de couple. Le livre n'a pas plu à tout le monde. Le corps, dans la sexualité et dans la maladie, est très présent dans ces récits et certains n'ont pas pu réconcilier l'image qu'ils avaient de ces femmes du 19ème avec les personnages qui parlent dans les pages de Pujade Renaud. Mais tout le monde était d'accord sur l'art de l'écrivain, qui a réussi à donner à chacune des femmes une voix distincte, parfois amusante, souvent émouvante et presque toujours tout à fait inattendue.

   

Révolutions - Jean-Marie Gustave Le Clezio - Gallimard

Le titre de ce roman est-il vraiment une énigme ? L'écrivain va-t-il raconter les révolutions traversées par sa famille depuis 1792 (le soldat de la bataille de Valmy) ou va-t-il faire le chemin inverse, vers le , vers le village breton d'où est parti son ancètre Jean Eudes l'aventurierr ? Révolution sous ses deux sens : changement soudain de situation ou mouvement en courbe fermé.

Les rendez-vous de la mémoire avec une vieille tante presque aveugle en haut de la Kataviva, immeuble assez délabré de Nice, vont permettre au lecteur d'entrer dans la biographie de quatres générations d'une famille. Entre ces rencontres Jean expose les étapes de sa vie faite de ruptures ^ cause de la seconde guerre mondiale, ses parents se sont trouvés séparés par des milliers de kilom?ètres, de choix difficiles choisir au moment de la guerre d'Algérie,partir en Amérique du Sud pour la coopération, des changements soudains ..., des Révolutions.

Derrière une musique du texte et des mots,désordre de la mémoires, patchwork des itinéraires, il y a urgence:la santé de sa tante est mauvaise, son père se meurt, et, sans l'écriture, les hommes et femmes qui ont vécu sur ces lieux disparaissent à jamais.

Un roman qu'il faut lire malgré la nostalgie qu'il dégage, mais surtout grâce à l'espoir qui renaît dans les dernières pages.





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