Compte-rendu de la conférence-débat du 12 novembre 2009 Dans le dédale des livres,
   
65000 nouveautés en 2008, 659 pour cette seule rentrée littéraire… Confronté à cette pléthore, le lecteur peine à s’y retrouver. C’est pour essayer de dénouer ce problème que nous avons invité Yvan Cruvellier créateur et directeur de la maison d’édition Alcide à Nîmes, Christine Raynaud responsable du plateau adulte de Carré d’Art et Patrick Baillie directeur de la librairie « Aux Lettres de mon Moulin »Que l’on soit à la tête d’une bibliothèque ou d’une librairie, le souci numéro un est le même s’informer sur les nouveautés afin de pouvoir faire un choix, être capable de satisfaire la demande des lecteurs, tout en tenant compte de l’environnement conjoncturel. Evidemment, ils savent ne pouvoir ignorer la place tenue par les medias dont les outils et le pouvoir sont considérables (émissions à la télévision, à la radio, revues, journaux, visuels publicitaires). Néanmoins, pour eux, il n’est pas question de ne pas être « découvreurs de talents », ce qui suppose de leur part un énorme investissement de lecture personnelle. Vient alors leur fonction de « passeur » comme Monsieur Baillie aime la nommer. Chacun avoue aimer le contact direct, car de cet échange nait la complicité avec la clientèle. Ainsi, outre l’organisation de leurs vitrines et présentoirs, ils jouent sur une organisation conviviale de l’espace, afin de rendre possible le « feuilletage » et induire l’intimité avec le livre. A son tour Monsieur Cruvellier nous dit valoriser le contact cette fois avec les libraires, appelés à lui révéler les goûts et les attraits de la clientèle pour tel ou tel domaine plus ou moins délaissé par l’édition. A charge pour lui d’initier un projet qui en tienne compte puis de le promouvoir auprès des amateurs. Tous ces échos semblent bien nous dire à quel point le contact humain enrichit l’expérience de la lecture comme lien social et ouverture aux autres. C’est peut-être bien ainsi qu’il faut considérer la découverte et la fréquentation des ouvrages qui émergent par delà les tapages médiatiques et qui continuent d’enrichir notre patrimoine. Anne-Marie Guillouet
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Vous avez peut-être participé à notre enquête sur la façon de choisir nos lectures. Voici le résumé des 40 réponses reçues. D’abord, soixante pour cent d’entre vous n’éprouvez pas la moindre difficulté à choisir un livre parmi l’abondance des parutions. Cette abondance est souvent vue comme excessive, mais aussi comme intéressante et même stimulante. Un petit quart, néanmoins, la perçoit comme ennuyeuse ou perturbante. Vous vous servez de tous les moyens pour vous renseigner avant d’acheter un livre, surtout de la presse (80%), et aussi des émissions de la radio (presque 60%), et de la télé (sauf Café Picouly, par exemple, qui semble soulever la réprobation de certains). Bonne nouvelle pour les libraires - près de quatre vingt pour cent des sondés vont de temps à autre dans une librairie. Ils y demandent des conseils, mais, précise une personne interrogée, il faut avoir affaire à un vrai guide, avisé, pas un vendeur de la FNAC (sic), ce qui nous paraît un peu dur pour ces malheureux employés. Si c’est bon pour les librairies - les vrais bien sûr - c’est mauvais pour les bibliothèques. Seulement 3 des questionnés sollicitent les conseils d’une bibliothécaire, et en général vous préférez acheter vos livres, plutôt que de les emprunter, malgré la différence de coût. C’est sur cette question de la dépense que les réponses paraissent le plus contradictoires. Selon les deux tiers des personnes interrogées, le prix du livre entre en ligne de compte dans leur choix, mais seulement une petite moitié attend toujours que le livre sorte en poche, ou achète des livres d’occasion. Par ailleurs, une bonne nouvelle pour les librairies : vous aimez tous offrir des livres, même si vous hésitez parfois à les conseiller. Voilà donc comment font nos adhérents pour choisir leurs livres dans le dédale des titres proposés. Susan de Rudder
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Compte-rendu de la conférence de Patrick Mazuola le 1er octobre 2009 LA TOUR dite "Gratte ciel" ou " le devenir d'un archétype Moderne à l'ère du développement durable"
organisée par l'Association des Usagers de Carré d'Art, salle de conférence Carré d'Art, niveau-1
La Tour, innovation dans l’espace urbain à partir de la fin du XIXème siècle a donné lieu à un débat permanent au cours du temps et encore vivace aujourd’hui. Dans un exposé très structuré et appuyé par de nombreuses projections, Patrick Marzuola, professeur d’arts appliqués au lycée Hemingway et à l’IUFM a retracé d’abord les conditions nécessaires (maîtrise foncière, financement considérable, progrès des techniques de construction) qui ont permis la construction des premières tours dans les années 1880 aux Etats-Unis. Après la première guerre mondiale, Le Corbusier ou Mies Van der Rohe proposent de construire des tours à Berlin, Paris, Alger, dans le cadre de projets architecturaux de grande ampleur. Très vite, la fonction des tours, principalement financière et commerciale tend à effacer l’aspect culturel de la construction. La tour doit pour des firmes comme Chrysler ou Woolworth, délivrer un message de force et de dynamisme. Mais en même temps, tout autant qu’un objet réel, elle peut devenir « la matérialisation d’un pensable possible », voire le rêve fou d’un architecte. On imagine alors sur ce modèle la métropole de demain, ensemble fascinant et inquiétant (Metropolis de Fritz Lang 1926). Les formes se font plus symboliques (colonne dorique, phare). Patrick Marzuola évoque alors les mythes qui dans le passé ont imagé ces rêves (Tour de Babel, Phare d’Alexandrie). Folie des hommes, dont le châtiment serait la sanction ? A l’époque contemporaine, alors qu’on s’affranchit des codes traditionnels pour adopter un style international, les projets et les réalisations deviennent de plus en plus ambitieux jusqu’à atteindre près de 500 m à Taïpei ou plus encore dans les Emirats. On cherche le record. Certes un souci plus humaniste se manifeste parfois (chez Nouvel par exemple) avec la diversification des étages, ou le souci de réduire la consommation énergétique ou en eau. Malgré tout, pour Patrick Marzuola, l’insertion de la tour dans un développement cohérent de l’espace urbain est insuffisante, la question de la durabilité et de la régénération n’est pas abordée de front. La métropole - et c’est la conclusion de l’exposé - doit être envisagée, moins sous l’angle du défi technique ou architectural que comme l’organisme qui privilégie les relations sociales et humaines à la base.     Patrick Marzuola Dessins de Hugh Ferriss 1929 Le Phare d'Alexandrie Tapei Shangai WFC 492 Kuala Lumpur Chicago Shangai 420 Dubai   Tour Dubai Jean Nouvel concours 2008 La tour signal Le "gratte-ciel" et la "dérive ludique"
UNE RENCONTRE AVEC LA POETESSE SYLVIE LOIZEAU
Le mardi 21 avril 2009, l’Association des Usagers de Carré d’Art a reçu la poétesse Sophie Loizeau avec le concours de l’Association des Amis du diable Vauvert, association qu’a d’abord présentée rapidement Jacques Olivier Liby.
Sophie Loizeau est une jeune poétesse qui écrit depuis une dizaines d’années, et a publié des poèmes d’abord dans des revues comme Le Polygraphe ou le Passage à l’acte, puis des recueils. Citons entre autres, Le corps saisonnier, La Nue bête (prix Georges Perros 2006), Bergamonstres (2008), La femme lit (2009). Elle exerce actuellement la profession de psychologue scolaire. Sophie Loizeau aime écrire dans une extrême solitude et recherche pour cela des maisons isolées dans la nature, nature qui l’inspire et l’angoisse tout à la fois. Nombreux sont les auteurs qui l’ont marquée, ceux du XIXème siècle d’abord, Huysmans, Nerval, Hoffmann et les romantiques allemands mais aussi de façon plus contemporaine Gracq, Quignard, Bergounioux ,P.J.Jouve et surtout H. Bosco. Sa poétique est centrée à la fois sur une écriture de la nature et sur une approche de la sexualité qui exprime le plaisir d’éprouver, de jouir de ce qui se passe, sans craindre une certaine crudité d’expression, mais à l’écart de toute pornographie. Elle dit ne rien inventer, mais plutôt exprimer son être. Elle considère que la poésie exprime la psychè humaine tout autant que le roman. Sophie Loizeau a lu ensuite des poèmes de son dernier recueil, La femme lit (Flammarion 2009). Elle prépare un nouveau recueil dont la figure principale sera la déesse Diane, personnage double, figure à la fois proie et prédatrice.
Une soirée originale et sympathique, nouvelle dans l’activité des Usagers de Carré d’Art
Grâce toujours à l’Association des Avocats du Diable, nous avons été invités le lundi 4 mai à rejoindre les collégiens de la Révolution pour un Goûter Lecture avec Simon Shakhine Nir A la suite de Sophie Loizeau, jeune maman accompagnée de son bébé c’est un invité d’une autre génération, accompagné de son épouse, peintre d’origine hongroise, qui était accueilli au CDI du collège de la Révolution, preuve qu’il n’y a pas d’âge pour être résident à La Laune.
Après une présentation bien préparée par trois élèves, l’écrivain a parlé de sa vie en France, de ses années caché sur les bords de la Loire, puis de son départ pour Israël dès la fin des années 1940 ; il fait durant quelques années l’expérience du kibboutz et réside maintenant à Tel Aviv. Il participe à des magazines français où il donne son point de vue sur les questions qui le passionnent. Il a peu publié directement en français mais toujours des textes sensibles. Il est également président de l’Association des Auteurs francophones israéliens.
L’écrivain lit ensuite des petits textes plein d’humour, répond avec beaucoup de simplicité et de franchise aux questions des jeunes auditeurs très intéressés par son travail.
Le nom de la rencontre n’était pas galvaudé : nous avons eu droit à un vrai goûter préparé et servi avec beaucoup d’attention par les collégiens eux-mêmes.
Tempête sur les médias
Conférence-débat organisée par notre Association, en collaboration avec le Kiosque de Carré d'Art le :
/// jeudi 9 octobre 2008 de 18 H à 20 H - salle de conférences de Carré d'Art
de Catherine Lamour auteur avec Danièle Granet de Mediabusiness, le nouvel Eldorado (Fayard 2006).
Devant un public nombreux et vivement intéressé, C.Lamour signale que le sujet est d’une actualité brûlante puisque se préparent actuellement des Etats généraux de la presse, pour sauver la presse quotidienne. Celle-ci est la plus en danger, mais la révolution en cours est plus vaste et implique tous les médias. On va en effet vers une nouvelle façon de consommer l’information et le divertissement devenus des éléments incontournables de notre vie quotidienne. En moyenne, les Français passent 3 h 20 devant la télévision par jour, 4 h par semaine devant Internet et 3 h seulement devant un journal. A l’échelle du monde, un milliard et demi d’hommes et de femmes sont connectés à internet. On pourra maintenant consommer information et divertissement où on veut et quand on veut, ou même intervenir dans les débats ou devenir producteur d’information.
A partir d’un retour en arrière, Catherine Lamour a exposé la situation actuelle.
La presse La presse française est la plus malade d’Europe. Tous les systèmes pour assurer la vie et le pluralisme de la presse, l’ont finalement corsetée. La presse a certes l’avantage au départ d’être portable mais cet avantage disparaît puisque la radio l’est déjà depuis assez longtemps, la télévision le devient et aussi internet. Si la presse magazine s’est plutôt bien portée jusqu’il y a deux ans environ, elle souffre maintenant de la baisse des recettes publicitaires. Quant à la presse quotidienne, elle est au bord du coma. Plusieurs journaux sont en crise, le Monde Libération, l’Humanité. Le nombre de lecteurs de la presse quotidienne a reculé de 400 millions. 7 millions d’exemplaires sont vendus chaque jour, c’est-à-dire ce que vend à lui seul un quotidien japonais. La distribution à Paris est insuffisante en particulier le dimanche, beaucoup de kiosques ont fermé. Les coûts d’impression sont les plus élevés d’Europe, ce qui est dû entre autres à l’insuffisance des tirages. Au niveau de la profession, il n’y a pas d’accord sur les solutions à apporter.
La radio
On va entrer maintenant dans l’ère de la radio numérique. Il y aura beaucoup de nouveaux entrants dans le domaine radiophonique. On pourra écouter la radio, et voir les journalistes. La radio a volé des parts de marché à la presse. La télévision
D'une ou deux chaînes publiques au départ, on est passé à 350 chaînes et la TNT a permis d’en recevoir gratuitement un certain nombre. On est passé d’un programme unique au départ à des programmes très segmentés Une bataille serrée se livre entre le public et le privé pour la manne publicitaire. Le service public perd des parts de marché. En outre, le temps passé devant la télévision a diminué ce qui inquiète les sociétés de télévision. Ne pas oublier le problème de la défense de la culture nationale qui est insuffisante en France, Italie, Allemagne. Internet C’est un média inéluctable et qui rassemble tous les autres médias (son, image, écrit) C’est d’autre part un média sans frontières , à l’échelle mondiale. En tant que média de divertissement, il peut devenir une pompe à publicité (Actuellement, il accapare 14 % de celle-ci en France mais cette proportion est en très rapide progrès) Des sites d’information concurrencent les journaux (Rue 89, Médiapart et quatre ou cinq autres).
Que faire par rapport à cette révolution technologique ? Les difficultés de la presse papier ne sont pas particulières à la France. Deux éléments de la crise sont communs à tous les pays, la concurrence d’ Internet et la baisse des recettes publicitaires. En France en outre, les coûts de fabrication sont élevés et la distribution mal assurée. La presse (notamment les quotidiens à faibles recettes publicitaires) demande l’aide de l’Etat et a obtenu un soutien, mais cet argent n’a pas été investi dans la modernisation. L’apparition des gratuits a paru très menaçante, mais jusqu’ici les gratuits ne sont pas une bonne affaire. La presse française est sous-capitalisée, les journalistes mal payés, la pression du syndicat du livre est forte, les patrons de presse veulent se servir de la presse plus comme un instrument de pression que comme une industrie rentable. Enfin la presse souffre d’une crise de crédibilité. Deux courants s’opposent sur les solutions. Pour les premiers, il faut soustraire la presse aux puissances d’argent, éviter la concentration excessive. Au contraire d’autres soutiennent qu’il faut favoriser la constitution de grands groupes (alliant presse, radio, télé, internet), pour consolider les sociétés de presse. Il faut aussi de façon plus large prendre en compte les contenus nouveaux, marier internet et la presse.C.Lamour rappelle pour terminer que sur les dix plus grandes entreprises de média dans le monde, 9 sont américaines et une allemande (Bertelsmann). Hachette et Lagardère sont des nains à côté de Murdoch. Dans ce domaine, le passage au vingt et unième siècle risque d’être violent.
Une riche discussion a suivi cet exposé accompagné d’extraits d’un film sur les aspects les plus futuristes de l’utilisation d’un média comme internet. A l’occasion de cette conférence, le Kiosque de carré d’Art a diffusé une brochure informative sur les sources éventuelles pour une approche des problèmes évoqués.
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