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Exposition
Marcel Robelin - Opera cInique
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Exposition
présentée par l'Association des Amis du Musée d'Art
Contemporain Carré d'Art et du Musée des Beaux-Arts de
Nîmes - à la chapelle des Jésuites - Grand'rue -
Nîmes -
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LE DON DES CENDRES Faire uvre grâce à de la cendre destine le geste créateur à une discrétion, une rare abnégation. Cet effacement de soi si peu démiurgique donne toute son élégance à la pratique artistique de Marcel Robelin. Des cendres ont été recueillies, vestiges provenant de nombreuses et diverses combustions de fibres végétales, des feuilles du jardin à la cigarette d'une amie. Parfois, certaines cendres sont offertes comme un don de l'amitié. La cendre mêlée d'éléments impurs doit être tamisée, affinée, pour donner un pigment le plus fin possible qui, dissous dans un liant, se laisse déposer sur un support. La cendre résulte d'un extrême anéantissement par le feu, elle demeure le reste irréductible d'une disparition, la présence d'une absence. La couleur exemplaire de la cendre est le gris, un ton crépusculaire, on oserait dire criarde : il évoque le bruissement, le murmure d'avant la parole clairement articulée, le secret. L'artiste joue de toutes les ressources du gris : nuances internes à cette non-couleur, variations d'intensité. Le tableau n'étant pas totalement monochrome, le gris se colore parfois d'ocre. Terne, inerte comme la terre, il s'adresse à la transparence du ciel ; doué de vie, par la force pinceau il varie du blanc au noir. La cendre est emportée ou déposée sur un support par un geste plus proche du rituel de la calligraphie que de l'habitude picturale. Le support lui-même est recréé à partir d'un matériau pauvre, généralement du pepier kraft, plié, froissé comme un relief de rocher ou de montagne Que peut présenter cette surface de papier froissé saturée de traces de Cendre ? L'art de Marcel Robelin n'imite rien, ne figure aucune présence réelle. Il révèle plutôt un art de la mémoire qui recueille des formes héritées du passé. La voûte, l'ogive, le treillis, le simple encadrement hantent comme des spectres évanescents la surface cendreuse. La munumentalité architecturale a disparu, seule demeure une épure retracée sur un écran neutre, bidimensionnel le plus souvent. L'icône elle-même, qui a institué la figuration originaire de la peinture occidentale, a laissé s'effacer son image sainte sans perdre pourtant son aura mystique. Cette uvre de mémoire sauvegarde à l'état pur l'étrange charme qui émane des configurations artistiques traditionnelles. Les formes végétales, autre motif d'inspiration, apparaissent comme des souvenirs de feuilles, de corolles empruntées à un jardin paysagé fané. Ces évocations ascétiques suscitent-elles en nous, qui les contemplons, la seule expérience de la mélancolie ? Ce serait oublier la volupté que donne l'aspect doux, poudré de la cendre, un ravissement subtil. Même éteinte la cendre recèle en elle encore un peu de la vertu, de l'ardeur du feu, elle témoigne alors de la promesse fragile d'une renaissance du monde par incandescence. Par son don des cendres, c'est à la célébration intime du feu que nous invite Marcel Robelin.
Françoise Gernot
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opera cInique Robelin, peintre abstrait crée des uvres sans sujet. Il veut seulement parler du vide, de l'absence, du temps qui défait les choses mais aussi les recrée et cela indéfiniment. Ce vertige qui nous assaille dès que nous réfléchissons à notre existence est le même que celui qui nous saisit lorsque nous regardons les uvres de Robelin. Les taches de cendre qui imprègnent le papier froissé indiquent des passages vers un monde autre, vers un lieu que l'on ne peut pas comprendre intellectuellement mais qui se laisse appréhender intuitivement. La mise en scène des cendres est une façon de désigner de toutes les manières possibles des ouvertures vers cet au-delà. Le titre choisi par l'artiste : Opéra Cinique est une sorte de jeu de mots. Il peut signifier uvre de cendre mais aussi uvre cynique, ouvrage voulant mettre en garde les hommes afin qu'ils ne se laissent pas aller à trop de fatuité. Cet ensemble d'uvres créées pour la chapelle des Jésuites pourrait se lire comme une présentation de Vanités. Dans la chapelle de gauche une grand livre ouvert représente l'histoire des hommes. On le feuillette et les cendres qui recouvent les pages témoignent de leurs passages. Dans la chapelle de droite, derrière un moucharabieh, on peut apercevoir tout un échantillonnage d'uvres de l'artiste. L'ensemble, véritable capharnaüm rappelle l'époque où ce lieu de culte servait de dépôt lapidaire.
Dans la nef, se déroule comme un immense phylactère, une vague qui vient mourir au pied de l'autel. Cette sculpture est faite de 20 feuilles de contreplaqué de 1,25 m. sur 2,50m. L'ensemble recouvert de pigments cendrés porte l'inscription latine : Et sic in infinitum...et ainsi à l'infini..., fleuve qui jamais ne s'arrête et conduit inexorablement vers la mort, fleuve qui symbolise aussi le perpétuel recommencement des choses toujours les mêmes et toujours différentes...
Cette vague est également une façon de rappeler que la Compagnie de Jésus fondée en 1540 par Ignace de Loyola afin de convertir les infidèles et lutter ensuite contre les jansénistes, avait étendu son action en Inde avec François Xavier, en Chine avec Ricci, en Amérique avec Isaac Jogues, Marquette, Jean de Brébeuf. Elle symbolise tous les voyages. Au centre du chur un trône en carton installé au-dessus d'un cercle, lui-même posé sur un carré de 2 m. sur 2 m. Il faut se souvenir de la symbolique de ces figures. Le cercle est le deuxième symbole fondamental après le centre ou le point. Il signifie la perfection, l'homogénéité, l'absence de distinction ou de division. Il participe du sacré puisqu'il désigne l'Etre pur, l'Absolu. Le carré s'oppose au céleste transcendant, il désigne la terre ainsi que l'espace qui est une donnée proprement terrestre. Le cercle symbolise l'activité du ciel dans ses rapports avec la terre. Ainsi, le cercle et le carré s'unissent fréquemment pour former un complexe indestructible hors duquel ils perdent leur sens. Cercle et carré symbolisent le cosmos et du même coup représentent le temps et l'espace. Ces deux figures sont aussi là pour rappeler qu'Ignace de Loyola, très mystique, était profondément séduit par le concret du Christ. Le choix de vie de cette compagnie étant de vivre "dans le siècle", au milieu du peuple et de mener une vie sacerdotale exemplaire.
Le trône est également une figure symbolique très forte. Celui qui y siège représente le Monde. Il est interdit de s'asseoir sur le trône royal sans y être prédestiné. Sa valeur représentative est si grande qu'il est en soi un symbole de la présence de Celui qui a le droit de s'y asseoir. Vide, il dit le caractère transcendant ou espéré de cette présence. Le thème iconographique du trône du Christ ou étimasie, était une manière de lui assurer une présence invisible. Robelin ne cherche pas à désigner Dieu mais simplement l'absence. Le trône est surélevé, ce qui signifie dans la symbolique qu'il est l'axe du monde mais ce trône est fragile car exécuté dans une matière pauvre : le carton. Dieu est absent d'un monde réduit en cendre ! Cette installation qui s'inscrit dans l'histoire traditionnelle des représentations du monde s'inscrit aussi dans une représentation très contemporaine de ce que nous vivons aujourd'hui. Monde où la vitesse et le progrès technique engendrent des catastrophes toujours plus grandes. Robelin comme beaucoup de grands artistes, vidéastes ou plasticiens nous montre ce qui reste quand tout est détruit. Dans le chur, au dessus de l'autel, un immense rétable de 3,90 m. sur 3,90 m. expose encore et toujours les cendres, véritables reliques, vera icona d'un monde évanoui. Ces cendres, Marcel Robelin les piège comme nos savants tentent de pièger quelques poussières d'étoiles, afin de remonter le passé. L'artiste cependant ne cherche pas à expliquer la création du monde mais à nous introduire presque magiquement dans le vide absolu qui engloutit en même temps qu'il donne vie. Sur les collatéraux droit et gauche sont accrochés 15 grandes peintures aux dimensions exactes de espaces de recueillement aménagés sur les côtés de la chapelle. Ces quasi-monochromes qui ne sont pas tributaires de la mimésis, qui ne cherchent pas à reproduire quelque image que ce soit, de la réalité du monde, renouent avec ce que l'on pourrait appeler la gravité artistique. Ils imposent le sérieux qui convient aux exigences de l'absolu. Prenons seulement deux exemples pour montrer qu'il n'y a jamais eu vraiment de rupture dans l'histoire de l'art quant à ce désir que revendique Robelin de rprésenter une réalité située au-delà des expériences sensibles : au XVIe siècle au moment où la Compagnie de Jésus fut créée, Johan Théodori de Bry illustre le traité de physique et de métaphysique d'un savant anglais Robert Fludd par une gravure en taille douce représentant un carré noir avec pour légende l'inscription latine reprise par Robelin sur sa grande vague : Et sic in infinitum. Carré noir, en tout point semblable à celui de Malévich, qui, dans ses textes sur le suprématisme, écrivait que l'expérience du rien, de la nuit noire, provoquait l'illumination, que le passage "dans le vide des déserts" constituait à ses yeux la promesse d'une transfiguration. Cette expérience qui fut celle de maints grands mystiques est pour Robelin une façon de s'inscrire dans la dialectique de la destruction et de la création selon le modèle nietzchéen. C'est un au-delà du zéro des formes que cherchent à atteindre ces papiers froissés nimbés de cendres. L'artiste pratique ce que Michel Leiris appelle une technique de compréhension du vide . Marie Martine Michel
Atelier de Marcel Robelin : 1 rue de la Biche - 30000 Nîmes - Tél. : 04 66 21 46 69
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Marie-Christine SCHRIJEN : "L'œil en dérive" - photographies |
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Exposition organisée par la bibliothèque Carré d'Art - mur Foster A l'heure actuelle, une partie de l'exploration photographique semble en passe de revenir sur des sujets traités dès les débuts aventureux de cette pratique, le paysage, entre autres. Le travail de Marie-Christine Schrijen s'inscrit dans cette problématique, mais en se reférant à une certaine histoire du paysage, qui selon le dictionnaire est la "partie d'un pays que la nature présente à l'œil qui le regarde". L'utilisation du film infrarouge lui permet d'enregistrer une gamme de gris différente de celle que l'œil enregistre habituellement. L'appariton d'éléments que l'on ne percevait pas auparavant crée un effet visuel fort. Finalement une vision décalée où apparaissent de façon tragique, magique ou fantasmatique les éléments même de la nature.
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