FRUITS DE NOS DISCUSSIONS |
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La jeune fille à la perle - Tracy Chevalier - Ed. Gallimard Fascinée par ce tableau de Vermeer, Tracy Chevalier, n'a certainement pas été la seule depuis que cette œuvre a été peinte par le maître de Delt. Ce roman est une fiction à laquelle on aimerait croire. Une jeune fille devient la servante de cet homme reconnu, tout d'abord pour une bonne cause: donner plus d'aisance à sa famille, en effet son père faïencier ne plus travailler suite à un terrible accident qui l'a rendu aveugle, d'autre part pour une raison qui pourrait paraître futile : lorsque Vermeer vient la recruter, elle arrange les légumes avant de les faire cuire avec un goût certain pour les couleurs et les nuances. L'écrivain(e) trace un magnifique tableau de la vie de Delt au 17ème siècle, portrait des familles riches et pauvres, rapports entre ces deux pans de la société, vêtements portés par les uns pas par les autres ... parmi les éléments de la place que chacun doit tenir l'exemple le plus frappant est cette perle qui apporte toute la lumière au fameux tableau et sera dix ans après l'œuvre, l'objet d'un malentendu. Vermeer laisse en héritage à la jeune fille cette paire de boucles d'oreille, elle choisira de la vendre plutôt que de porter ce bijou réservé aux dames de la haute société dont elle ne fera jamais partie même si elle s'est élevée dans la hiérarchie par son mariage. La discussion a été heureusement agrémentée par une présentation de l'ensemble des œuvres de Vermeer. Si une lectrice a regretté que l'on se permette de romancer l'Histoire, il est tout de même heureux que cet ouvrage ait permis de découvrir ou redécouvrir "La Joconde du nord".
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La prisonnière des Sargasses – (titre original – Wide Sargasso Sea) Jean Rhys – Ed. Gallimard « Jean » c’est le prénom anglais d’une femme née à la Dominique en 1890 de père Gallois, de mère Dominicaine. Après avoir quitté la Dominique pour l’Angleterre à l’âge de 16 ans, elle devient artiste de scène, fréquente une sorte de demi-monde à Paris, Londres, Vienne, Bruxelles. Elle contractera plusieurs mariages malheureux, puis sombrera dans l’alcoolisme et mourra en 1979.Son succès littéraire est tardif. Elle commence la rédaction du roman, objet de la rencontre de février du club de lecture, en 1957. Rédaction qui durera neuf ans jusqu’à sa publication en 1966. Le livre obtient un grand succès, et toute son œuvre antérieure est vite rééditée .Tous ses livres sont en grande partie autobiographiques. On y trouve l’enfance antillaise, la solitude des exils, les amours difficiles, l’insécurité économique, la peur, la presque-folie et les refuges dans l’alcool. La Prisonnière des Sargasses raconte l’histoire d’Antoinette Cosway, une créole blanche qui grandit à la Jamaïque, avant son mariage arrangé désastreux avec un anglais. Emprisonnée dans un manoir en Angleterre, elle finit par devenir folle. En effet, le roman ne prend tout son sens que lu en parallèle avec Jane Eyre, de Charlotte Brontë. Jean Rhys raconte une autre version de la première Mrs Rochester, la folle enfermée dans le grenier de Jane Eyre, et en même temps fait une critique forte de la colonisation britannique et de la société patriarcale. C’est aussi un tableau précis et fouillé de l’Angleterre au moment où elle abandonne ses terres coloniales et leurs habitants. Mais même ceux qui n’ont pas fait le lien avec Jane Eyre ont trouvé le livre envoûtant et angoissant. Il évoque avec beaucoup de finesse les tropiques, leurs couleurs, leur moiteur, leur chaleur, région dont la haine raciale met en scène à chaque instant la menace et la noirceur. Jean Rhys dépeint une héroïne, amoureuse de la liberté, qui refuse les contraintes du colonialisme et du sexisme. Un écrivain qu’il faut découvrir ou redécouvrir à travers cette œuvre. |
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Médée - Christa Wolf -Stock Le livre choisi pour le premier club de lecture de l'année 2006 n'est ni un conte, ni le livret d'un opéra reprenant le mythe de la femme colchidienne venue de Corinthe, mais un roman autobiographique publié en 1983. Dans cette œuvre, Christa Wolf est Médéze. Ecrivain(e) née en Poméranie en 1929, dans une famille sympathisante nazi. Au début des années 1950, elle rencontre un rescapé des camps, le récit de cette période de la vie de cet homme, la fait changer radicalement d'opinion, elle opte pour le communisme et adhère à ce parti. Au moment de la chute du mur de Berlin elle va revenir en partie sur ses certitudes. Elle va connaître une période difficile. Son œuvre est contestée et elle-même est mal reçue par ses anciens amis. C'est d'ailleurs loin de l'Allemagne qu'elle écrit ce livre : en Floride. Ce roman composé de chapitres assez courts laisse s'exprimer tous les protagonistes de l'histoire de Corinthe origine du mythe de Médée. Par exemple, comment se règlent les problèmes de succession à la tête d'une ville ou d'un royaume. Les sociétés tribales sont vues par plusieurs personnages, hommes et femmes. De même qu'est évoquée la nécessité à certains moments que soient exécutés des meurtres rituels lorsqu'un nouveau chef arrive. Christa Wolf, la féministe, condamne le patriarcat et la propriété privée deux causes, pour elle, de la décadence de cette société. Médée est présentée comme le bouc émissaire, la victime expiatoire, et non comme dans d'autres œuvres, l'assassin de son frère et de ses jumeaux. Livre diversement apprécié, certains ont regretté manquer de repères à la mythologie grecque, d'autres ont été déconcertés par plusieurs réflexions de l'auteur. Après la discussion intéressante, laissons à Christa Wolf le dernier mot "J'écris sur ce qui m'inquiète" |
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Chers disparus - Claude Pujade Renaud - Actes Sud - 2004 Ce sont les récits de cinq veuves d'écrivains du 19ème siècle : Jules Michelet, Robert Louis Stevenson, Marcel Schwob, Jules Renard et Jack London. Leurs veuves respectives se prénomment Athénaïs, Fanny, Marguerite et Charmian. C'est un roman original, intéressant à plusieurs niveaux.Certains lecteurs ont été attirés par l'intérêt biographique, ces maîtres de la littérature du I9ème étant révélés sous une autre lumière que celle des biographies officielles, grâce à l'astucieuse utilisation de leurs journaux intimes par Claude Pujade Renaud. D'autres étaient impressionnés par les personnalités, très constrastés des cinq femmes qui ont souvent vécu une sorte de purgatoire dans leur vie de couple. Le livre n'a pas plu à tout le monde. Le corps, dans la sexualité et dans la maladie, est très présent dans ces récits et certains n'ont pas pu réconcilier l'image qu'ils avaient de ces femmes du 19ème avec les personnages qui parlent dans les pages de Pujade Renaud. Mais tout le monde était d'accord sur l'art de l'écrivain, qui a réussi à donner à chacune des femmes une voix distincte, parfois amusante, souvent émouvante et presque toujours tout à fait inattendue. |
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Mr vertigo - Paul Auster -Actes sud Qui n'a pas rêvé de voler, pouvoir réaliser ce rêve vieux de milliers d'années ? Paul Auster, écrivain américain en a fait un roman paru au début des années I990. Un récit foisonnant où s'entremêlent personnages, lieux et projets souvent fous. Malheureusement, malgré une belle imagination, les héros sont peu crédibles. L'ascèse demandée par Yehudi à son protégé est difficilement plausible. Au début on est pris par l'histoire, mais à chaque rebondissement dans l'intrigue, c'est l'argent qui commande et fait perdre sensibilité et intérêt aux personnages. Paul Auster s'il s'est emporté dans le tourbillon de la vie américaine, de l'eldorado, du far west, il n'en a pas moins décrit avec beaucoup de précision et d'intérêt l'atmosphère des petites villes américaines des années 30, oubliant pour une fois son lieu de prédilection et de vie : New York. Un roman qui a suscité des réactions vives et intéressantes.
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Révolutions - Jean-Marie Gustave Le Clezio - Gallimard Le titre de ce roman est-il vraiment une énigme ? L'écrivain va-t-il raconter les révolutions traversées par sa famille depuis 1792 (le soldat de la bataille de Valmy) ou va-t-il faire le chemin inverse, vers le , vers le village breton d'où est parti son ancètre Jean Eudes l'aventurierr ? Révolution sous ses deux sens : changement soudain de situation ou mouvement en courbe fermé. Les rendez-vous de la mémoire avec une vieille tante presque aveugle en haut de la Kataviva, immeuble assez délabré de Nice, vont permettre au lecteur d'entrer dans la biographie de quatres générations d'une famille. Entre ces rencontres Jean expose les étapes de sa vie faite de ruptures ^ cause de la seconde guerre mondiale, ses parents se sont trouvés séparés par des milliers de kilom?ètres, de choix difficiles choisir au moment de la guerre d'Algérie,partir en Amérique du Sud pour la coopération, des changements soudains ..., des Révolutions. Derrière une musique du texte et des mots,désordre de la mémoires, patchwork des itinéraires, il y a urgence:la santé de sa tante est mauvaise, son père se meurt, et, sans l'écriture, les hommes et femmes qui ont vécu sur ces lieux disparaissent à jamais. Un roman qu'il faut lire malgré la nostalgie qu'il dégage, mais surtout grâce à l'espoir qui renaît dans les dernières pages. |
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Le tour du monde en 80 jours - Jules Verne - Pocket Rarement roman relu après des décennies n'a rencontré un tel engouement. L'aventure de Phileas Fogg et de son valet Passepartout garde toute sa fraîcheur peut-être grâce à l'élégance de l'écriture et aux rebondissements toujours présents. Roman de commande, à la fois d'aventure et policier, il avait un aspect éducatif qu'il a perdu aujourd'hui. Il met en effet en valeur des travaux gigantesques comme l'ouverture du Canal de Suez, ainsi que de nouvelles possibilités de traverser facilement les continents comme l'achèvement et la mise en circulation des grandes voies de chemin de fer en Inde et aux Etats-Unis. Bien sûr la vie ordinaire est souvent plus compliquée que celle des héros de cette histoire franchement rocambolesque et l'issue rarement aussi heureuse. Le comportement des personnages est finement analysé particulièrement les réactions face aux différents évènements celles du Britannique Fogg et celles du Français Passepartout. Ce tour du monde et ce nombre de jours mythique pour le réaliser n'ont pas perdu de leur aura. Les plus brillants marins d'aujourd'hui s'inscrivent volontiers au trophée Jules Verne. Les conducteurs de moyens de locomotion plus rapides se réfèrent aussi à ce titre de roman pour comparer leurs prouesses. L'art de conteur de Jules Verne est arrivé sur tous les continents grâce aux nombreuses traductions. Les superbes illustrations accompagnant le texte dès les premières versions, que les éditeurs prennent plaisir à reprendre encore aujourd'hui, ont certainement aussi contribué à cet immense succès. |
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Être sans destin de Imre Kertész Du départ de son père pour Mauthausen en 44 à son propre retour de Buchenwald après sa libération par les Alliés, le jeune Imre Kertész, quatorze ans et demi, a connu la sélection à Auschwitz, et, pendant l'hiver 44-45, le travail dans le camp de Zeitz. Quelque douze années après son retour en Hongrie, il entreprendra un roman dont la matière première est faite de ses souvenirs d'adolescent. Dans la première partie d'un deuxième roman, Le refus, il raconte comment ils se sont imposés à l'écrivain à la recherche d'un sujet. Autrement dit, Être sans destin se définit d'abord comme un projet romanesque, et non comme un témoignage sur la barbarie nazie ou un ouvrage historique visant à établir les responsabilités du massacre des Juifs d'Europe centrale. Même si le texte prend la forme d'un récit chronologique, ce n'est pas un simple témoignange, son ambition est autre, comme celle de tout roman digne de ce nom : découvrir "un aspect jusqu'alors inconnu, caché, de la nature humaine" Le travail d'écriture durera quinze ans. Le livre, dans un premier temps, sera refusé par l'éditeur, et quelques-unes des raisons invoquées se retrouveront dans la bouche de lecteurs du Cercle de lecture de Carré d'Art :"... le héros est bizarre, c'est le moins que l'on puisse dire... Nous comprenons à la rigueur que le héros adolescent ne comprenne pas immédiatement ce qui se passe autour de lui (la réquisition des STO, le port obligatoire de l'étoile jaune, etc.).... Les phrases de mauvais goût se succèdent .. Son comportement, ses remarques déplacées... aussi la fin du roman, puisque le comportement du héros... ne lui permet pas de porter un jugement moral..." Dans toutes ses interviews (par exemple, http://www/lire/fr/entretien.asp/idC=48308/idTC=4/idR=201/idG=4), l'auteur doit s'expliquer sur ce roman. Et pourtant, les clés de lecture se trouvent dans les vingt dernières pages du texte, notamment dans la discussion entre le narrateur et ses anciens voisins, les Steiner et les Fleischmann. "Si la liberté existe..., nous sommes nous-mêmes le destin". En d'autres termes, notre destin est la somme de nos actes. Être sans destin, "c'est l'état dans lequel vous vous trouvez lorsqu'on vous a confisqué jusqu'à l'idée même de votre propre histoire. Un état où il est interdit de se confronter à soi-même". La machine à broyer les êtres humains salit les survivants, les Êtres sans destin. L'innocence est réservée aux disparus. A la différence du protagoniste d'un récit héroïque que le dépassement des épreuves grandit et rend davantage apte à se comprendre et à comprendre le monde, le survivant est abîmé, dégradé. D'où la nécessité stylistique de trouver une autre forme pour en rendre compte. On se rappelle le passage où le garçon, épuisé par les privations, malade, se laisse aller et doit sa survie non pas à son astuce ou à son courage, mais à la solidarité de ses camarades, Bandi Citron en particulier. Pour que le narrateur puisse interpréter cela en ces termes, encore faudrait-il que l'idée de solidarité fasse encore partie de ce socle de références permettant de comprendre les actions humaines. Ce rapport à soi distant et circonspect, cet affaiblissement de l'instinct vital contaminent a posteriori le rapport à soi-même du narrateur qui est cette personne abîmée (nous songeons au personnage de L'étranger). Personne ne guérit d'Auschwitz. On pourrait, certes opposer à cela Primo Levi, écrivant pour ainsi dire "à chaud" Si c'est une homme en utilisant le moule romanesque traditionnel. Mais dit-il autre chose que Kertész lorsqu'il choisit de mettre fin à sa vie de façon aussi cruelle ? Ne souffre-t-il pas de cette même faille qui hante l'uvre du Hongrois ? Chacun a pu voir Hiroshima après la bombe, les ruines, les survivants brûlés, l'hébétude, le sentiment de fin de monde, eh bien, Auschwitz, c'est le même désastre moral et identitaire : plus rien ne tient debout, et surtout pas le discours humaniste, "verbiage pseudo-classique". Une autre constante dans l'ensemble de l'uvre de Kertész est l'importance du refus. C'est, rappelons-le le titre de son deuxième roman. Refus de la maison d'édition, qui le disqualifie en tant que romancier, suivi du contre-refus de l'écrivain, qui derechef entreprend un nouveau livre. Refus aussi dans le "non !" véhément que le narrateur oppose à l'idée de paternité dans Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas. Que lui disent ses anciens voisins ? "Tu dois oublier ces atrocités(...) pour que tu puisses (...) vivre libre." Non, rétorque-t-il, parce que c'est impossible, à moins de naître une seconde fois, et parce "on ne peut tout (lui) prendre, il (lui) est impossible de n'être ni vainqueur ni vaincu, ..., de n'être ni la cause, ni la conséquence de rien". Lorsque ses voisins racontent leur histoire pendant que lui était dans un camp, il remarque qu'ils la réduisent à quelques faits de nature historique et qu'eux-mêmes en tant qu'êtres humains "eh bien..(ils ont) vécu". Parce que, pense le romancier - et c'est le choix stylistique (ou philosophique) fondamental - leur vie, comme la sienne, ils l'ont conduite 'pas à pas", heure après heure, minute après minute - aurait-il pu quant à lui accepter cette vie, s'il en avait connu les tenants et aboutissants ? Lorsque l'enfant regarde le médecin qui opère la sélection à Auschwitz, voici ce qu'il remarque : "J'ai tout de suite éprouvé un sentiment de confiance pour (lui), parce que son visage avait une très belle apparence, sympathique, un peu allongé, rasé, avec des lèvres plutôt fines, des yeux bleus ou gris, en tout cas clairs, au regard bienveillant". Cet instantané de ce que l'enfant a vu et pensé bouscule le lecteur parce qu'aucun complément de la part de l'écrivain adulte ne vient compléter le portrait. Penser que ce dernier endosse tel quel le jugement de l'enfant est évidemment absurde. Mais Kertész refuse le carcan idéologique dans lequel on entend enfermer tout récit de cette nature ("l'enfer, "atrocités"). On ne trouvera pas ici la vérité politique ou historique, mais sa vérité humaine. Cette identité définie par le refus va être mise à mal en 1990, après l'effondrement du régime communiste en Hongrie. En même temps que son uvre se diffuse largement en Europe, et particulièrement en Allemagne, ce qui lui permet de voyager, il a la plus grande peine à mener à bien ses projets artistiques. Son journal, Un autre. Chronique d'une métamorphose, est le témoin de son désarroi. Ce dernier livre permet de corriger aussi l'idée que Kertész est incapable de jouir de la vie. On y retrouve le contemplatif, l'ami, l'amoureux. C'est dans Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas que Kertész définit le mieux me semble-t-il sa philosophie. Pour lui, le mal a toujours une explication rationnelle (intérêt, cupidité, volonté de puissance, concupiscence, maladie mentale...) en revanche, ce qui est vraiment irrationnel, c'est le bien. Il raconte ensuite un épisode qui ne figure pas dans Être sans destin, qui met en scène un instituteur rapportant à l'adolecent, au péril de sa vie, la ration de pain qui lui revient. Si le regard de l'adolecent n'est pas encore capable de dessiner la frontière entre le bien et le mal, entre le prisonnier et ses gardiens, par exemple, cette frontière existe. Cette petite lumière dans le sombre tableau de la Création, Kertész la maintient pour sa part par le travail d'écriture. Il sacrifie toute idée de carrière, de notoriété, il sacrifie son mariage. Et ce travail le rend heureux, "Je vivais, nous dit-il, une double vie : mon présent - au ralenti, à contrecur - et mon passé au camp de concentration - avec la réalité aiguë du présent. L'empressement avec lequel je m'y étais plongé était presque effrayant ; aujourd'hui je ne pourrais plus expliquer la volupté particulière que j'en éprouvais". Kertész, on le sait, a été récompensé en 2002 par le Prix Nobel de littérature. Le prix honore un écrivain qui, comme Kundera et Jelinek, est en délicatesse avec une partie de l'opinion de son pays d'origine. Il vit d'ailleurs aujourd'hui à Berlin. Je trouve pour ma part que cette reconnaissance est pleinement méritée. Claude Poux |
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Les Saisons de Giacomo - Mario Rigoni Stern - 10/18 Le double nom de famille de l'auteur, Rigoni et Stern, indique la situation géograhique de son village natal, Asiago, dans les Alpes italiennes, à la frontière de l'Italie et de l'empire austro-hongrois. Ce livre, largement autobiographique, évoque à la fois l'amour de la nature par de très belles descriptions de la région et les horreurs de la guerre de 1914/1918 avec leurs conséquences. Le récit commence vers 1928 dans ce village très pauvre dont les habitants vivent toujours en autarcie. Pour permettre à leur famille de sotir de la misère, les hommes doivent quitter la région, partir travailler en France, en Suisse et même un peu plus tard jusqu'en Abyssinie. Ils laissent sur place femme et enfants. Le courrier est souvent réduit à l'expédition tous les trois ou quatre mois des précieux mandats. Tout autour du village, la première guerre mondiale a laissé une grande quantité de débris ; obus non explosés, cartouches, morceaux de cuivre, récupérés dès la fonte de neiges, cause parfois de graves accidents, mortels et invalidants. La revente des métaux est effectuée par les jeunes et les hommes restés ou de reour au pays. Ce commerce va devenir pendant quelques années un apport non négligable de revenus pour de familles entières. C'est à Asiago que Mussolini choisit de construire le plus grand ossuaire d'Italie, monument qui existe toujours. Cet évènement est l'occasion d'une ouverture de la région vers l'extérieur, par l'arrivée d'équipes de travailleurs étrangers à la région. Au même moment, l'électricité et les premiers postes de radio permettent de savoir sans délai ce qui se passe dans le pays et dans le monde. Les conditions de travail et de rémunération des ouvriers lors de la construction de cette sorte d'arc de triomphe sont à l'origine d'une grève. Les participants à ce mouvement sont alors fichés et en paieront les conséquences ultérieurement lorsqu'ils rechercheront du travail. Giacomo, l'ami d'enfance de l'auteur, a fait partie des grévistes et il en subit les conséquences quelques années plus tard. Le livre se termine avec sa disparition sur le front russe au cours d'une guerre celle e 1939/1945. Ce récit a surpris et déconcerté certains lecteurs à cause des dialogues peu élaborés. Cette manière de converser reflète fidèlement les échanges entre habitants des régions éloignées de tout, les sentiments ne sont pas traduits par des mots mais par des attitudes. |
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Cet ouvrage de Françoise Sagan n'est ni un de ses 40 romans, ni une de ses 3 pièces de théâtre mais une compilation d'articles parus dans la presse. Le club de lecture a décidé d'honorer cet auteur qui vient de mourir après avoir animé un demi siècle de la vie littéraire française. Sagan, la femme, est presque aussi importante que ses livres ou ses personnages. Née dans la haute bourgeoisie parisienne, elle devient à 19 ans, dès la parution de son premier roman "Bonjour tristesse", l'écrivain qu'il faut lire. Tirages importants, traductions nombreuses de même que films tirés de son uvre en sont la preuve. Entre deux romans, c'est sa vie privée qui va faire les grands titres de la presse. Au volant de voitures rapides, elle va avoir un très grave accident de la route, aux tables de casinos, elle se ruinera souvent par passion du jeu. "Avec mon meilleur souvenir" est une série de portraits où théâtre, jeu, Saint Tropez, sont aussi vivants qu'Orson Welles, Billie Holiday, Jean-Paul Sartre ou Rdolf Noureev et étudiés avec autant d'acuité et d'humour. Fine observatrice des personnes et des choses, la tendresse est toujours présente, évoquée dans une langue qui force l'admiration. Grâce à ce recueil, appelé par le Petit Robert "des mémoires", le lecteur est plongé dans les premières années des "30 glorieuses" où une "jeunesse dorée" flambe sur les routes au volant de voitures de sport et aux tables de jeu, sans oublier son amour pour l'Amérique. Françoise Sagan avait quelques difficultés à transmettre son message lors des émissions radiophoniques ou télévisuelles, à cause de son élocution, mais celui-ci va rester sur le papier grâce à des pages au style direct et épuré. |
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L'enfant bleu - Henry Bauchau - Actes Sud Le dernier roman d'Henry Baucahu a pour cadre principal un hôpital de jour parisien où sont soignés des enfants rejetés par l'école et aussi souvent par leurs parents. Le début du récit se place au moment où plus personne ne veut s'occuper de l'un des patients Orion, principalement, à cause de son agressivité. Arrive dans cette unité Véronique, jeune psychanaliste, qui, bien qu'elle soit novice dans le métier, accepte le défi qu'on lui propose. Véronique, c'est l'enfant dont la mère est morte en la mettant au monde, la jeune femme qui a perdu son mari et le bébé qu'elle portait dans un accident de moto. Aujourd'hui elle vit heureuse auprès de Vasco, un poète et musicin non encore reconnu, beaucoup plus jeune qu'elle. Le volonté, le courage et l'amour de Véronique vont permettre après de longues années non seulement à Orion mais aussi à Vasco de devenir des adultes responsables et heureux. Tout au long de ce livre le lecteur vit au rythme de l'analyse et du travail de reconsruction de l'enfant traumatisé dans sa petite enfance pendant un séjour à l'hôpital pour une opération de la "maladie bleue" mais aussi de l'éclosion de la musique de Vasco. Véronique même si elle ne pourra jamais être mère va donner naissance à deux réussites et deux vies. Livre très apprécié mais qui a parfois déstabilisé les lecteurs à cause d'une part du mélange récit clinique/uvre littéraire ainsi que derrière le personnage de Véronique, l'écrivain lui-même se cachant sous les traits d'une femme. |
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Un petit tour en Indou Kouch - Eric Newby - Bibliothèque Payot Avant de présenter le livre, quelques mots sur l'auteur. Son père étai associé dans une entreprise de haute couure à Londres, sa mère avait été modèle. Leur fils est un aventurier né. Dès l'âge de 5 ans, en compagnie de sa mère, il explore le grand et merveilleux monde du magasin Harrod's. A 16 ans il prend la mer sur des bateaux à voiles qui transportent du blé d'Australie en Grande Bretagne. En juin 1939 il est recruté dans les forces spéciales. Il a 18 ans. Il s'infiltre en territoire ennemi pour faire exploser des ponts, des avions, des bateaux, des chemins de fer... En 1942, il sera fait prisonnier en Italie, s'évadera, sera repris et interné dans un camp en Allemagne jusqu'à la fin du conflit. Le livre commende en 1956, au moment où il décide de quitter le monde superficiel et élégant de la mode pour entreprendre un voyage en Afghanistan où la vie est plus proche de celle du Moyen Age que du XXème siècle. Avec un manque d'expérience et de préparation presque total et très peu de temps pour réaliser son objectif de conquérir la montagne Mir Samir, plus de 6.000 mètres dans l'Indou Kouch, il part très insouciant avec un ami diplomate et sportif quii a déjà fait ce voyage mais qui semble ne rien avoir retenu d'utile pour cette expédition. L'altitude, les conditions climatiques, l'inhospitalité du terrain, la maladie, la fatigue, l'insuffisance de nourriture, les difficultés de communication, les rencontres humaines sur place à des milliers de kilomètres de l'Angleterre vont être des obstacles à la réussite de cette entreprise trop lég!rement préparée qui finalement aboutit à un échec. Bien qu'un peu daté, le récit est plein d'humour et à déguster avec légèreté. |
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