///// MICHAEL RAEDECKER/ISA MELSHEIMER
27 janvier - 18 avril 2010
Le peintre Michael Raedecker, né en Hollande en
1963 et installé à Londres, revisite les genres traditionnels : natures
mortes paysages, ruines, fleurs dans un traitement très fluide de la
peinture,dans des camaïeux de gris, sur lesquels interviennent des
rajouts brodés. Par ses sujets domestiques, Raedecker interroge la
validité de la peinture à traiter du quotidien à l’époque actuelle en
dehors d'images codées choisies sur internet. Cette exposition qui
réunit une vingtaine d’œuvres de ces cinq dernières années sera la
première présentation de cet artiste en France.
. |
 |
| Pour Isa Melsheimer (Neuss-Düsseldorf, 1968), la broderie est aussi
une technique de dessin. Sculpteur, elle lui a souvent permis
d’apporter un matériau souple et d’aborder l’espace réel à échelle de
maquette. Très intéressée par l’architecture, Melsheimer développe une
réflexion autour de l’espace à vivre tel qu’il a été identifié par
l’architecture moderniste et se rencontre au quotidien dans maison,
mais aussi les lieux intermédiaires utilisés par les sans-abris, les
galeries marchandes. Une partie de son travail est de créer grâce à la
fragilité du fil et des tissus brodés des espaces décalés au sein de
l’architecture existante. Elle développera à Nîmes un projet spécifique
à partir du livre de l’écrivain japonais Kobo Abé. |
|
Chacun des artistes occupe une aile de l’étage supérieur.
L’exposition
Raedecker est organisée en collaboration avec le Camden Arts Center de
Londres et le Gemeentemuseum de La Haye. Un catalogue commun a été
édité avec un essai de et un entretien de l’artiste Catalogue Isa MELSHEIMER bilingue français/anglais avec un texte de Camille Morineau. Catalogue Michael RAEDECKER, deux versions français ou anglais avec un texte de Dominic van den Boogerd et une conversation de l’artiste avec Laura Hoptman. Carré d'Art - Musée d'art contemporain ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h. Entrée: 5 euros, tarif réduit: 3,70 euros
Contact presse : Delphine Verrières - Carré d'Art Tél : 04 66 76 35 70 - Fax : 04 66 76 35 85 - E-mail : communication@carreartmusee.com

/// LA COLLECTION - nouvel accrochage /// Musée d'art contemporain de Nîmes
L’accrochage fait place à de nouveaux dépôts et à des œuvres peu vues de la collection. Le parcours s’organise autour de deux grands temps : celui du retentissement social de l’oeuvre et celui du récit personnel. Depuis la fin du XIXe siècle, l’une des questions les plus fréquemment agitées par les artistes est le rapport de l’art et de la vie. Une grande part des nouvelles pratiques et de l’iconographie de l’art du XXe siècle est née de cette question. La première partie du parcours fait droit à ces recherches, exprimées dans le rapport au monde du polar et du cinéma (Monory, Combas), l’utilisation de matériaux directement pris de l’environnement urbain (Villeglé, Vostell, Blais), la réappropriation de symboles. La multiplication des marques et des logos dans l’environnement contemporain a été source pour les artistes de réflexion sur la production d’images et de signes plastiques. Le néon sculptural Hommage à Los Angeles de Martial Raysse renvoie directement à l’environnement urbain et au rêve américain. Le Signal de Takis, artiste grec installé en France depuis 1954, est encore plus direct dans son appellation. Comme Raysse, Takis utilise la lumière électrique, l’un des acquis importants de la sculpture depuis les années 60. Le Drapeau ivre, 1991, de Luciano Fabro, une variante du titre du poème manifeste de Rimbaud Le bateau ivre, suit de peu le bicentenaire de la Révolution française.
Dès les années 60, cet artiste a travaillé à partir de la carte de l’Italie. L’oœuvre renvoie à l’un des premiers tableaux modernes : La liberté guidant le peuple de Delacroix, organisé autour de la présence physique et les couleurs du drapeau. Comme la toile de Delacroix, Le Drapeau ivre, entre le plissé du drapeau et la vibration des couleurs sur l’enroulement des fils de cuivre, joue sur la connotation héroïque du mouvement. Mosset et Toroni, membres du groupe BMPT, ont choisi dès le début de leur carrière de s’identifier à un signe : le cercle noir de 15,5 cm de diamètre pour Mosset, l’empreinte régulière de pinceau pour Toroni. Ils créent leur propre signe, composition abstraite picturale et simultanément marque logo de l’artiste. Dès la première salle, le grand tableau de Monory, grand représentant de la figuration narrative, évoque le format du cinémascope et représente un site symbolique du cinéma la Death Valley. Tokyo Joe de Robert Combas, représentant de la Figuration libre, marque dans la peinture française un autre retour à la figuration au début des années 80 ; il s’approprie le vocabulaire commun d’un graphisme pris dans les magazines populaires et les BD. Sa démarche n’est pas sans évoquer Les Quatre Saisons de Sigmar Polke qui intègre à l’oœuvre des images provenant de gravures anciennes aussi bien que les motifs imprimés de fruits et de pois des tissus qui servent de support à la peinture. Sans titre de Jean-Charles Blais, simple tracé au pinceau sur un revers d’affiches arrachées, peut être lu lui aussi comme l’opposition de l’anonymat et la « starisation » de l’individu.
La quatrième salle s’articule autour d’une approche plus politique autour des œuvres de Andres Serrano, Wolf Vostell, Les Fugitifs de Sigmar Polke et le dernier don de la Fondation Westbury : Walid Raad, Let’s be Honest the Weather Helped (Libya, Venezuela, Romania, Italy), 1988–2008. Ces oeuvres illustrent toutes l’importance de la photographie dans l’œuvre contemporaine. Serrano donne une stature particulièrement monumentale au SDF de New York photographié. Les figures des fugitifs de Polke sont tirées d’une photo de presse de Berlinois traversant le Mur avant sa fermeture. Dans Extramadura de Vostell (dépôt J+C Mairet), la plaque de plomb placée sur la moitié supérieure du tableau évoque l’endormissement d’un pays encore traditionnel pendant les années de dictature. Elle surmonte la photo d’une gare de Berlin d’avantguerre. Le plomb comme le béton symbolisent le recouvrement ; comme la photographie, ils évoquent l’étouffement des consciences lié aux sociétés totalitaires mais aussi à l’expansion des médias. Les cinq éléments photographiques de la série de Walid Raad, artiste libanais qui a été à l’origine de l’avènement de la scène artistique de ce pays à l’art contemporain, portent à la fois sur la lecture du document en tant que preuve et trace de la présence de l’artiste comme témoin d’un événement : pour Raad l’invasion du Liban par Israel et le siège de Beyrouth en 1982 quand il avait 15 ans et qu’il fit ses premières photographies. Les points de couleurs soulignent les traces d’impact de balles sur chacun des bâtiments selon le code couleur employé par chaque pays dans la production des munitions. L’oeuvre évalue à la fois la trace de l’histoire sur notre quotidien et à terme la mémoire qui en sera conservée mais évoque aussi une réalité contemporaine où la vie et la mort sont encadrées par une grille de données méthodiquement organisées.
Après la salle consacrée à la pièce de Jean-Luc Moulène Les Doudurs, la deuxième partie de l’accrochage rapproche des œuvres conçues autour de la vue et du récit individuel. Ces derniers ont souvent valeur générale au travers des procédés de l’allégorie qu’ils exploitent. Ainsi en est-il du Voyage d’hiver de Juan Muñoz qui présente deux personnages, dont l’un est juché sur les épaules de l’autre, placés sur un parquet à la perspective fuyante qui déstabilise le visiteur dans sa traversée d’un espace devenu mobile et plus grand.
La salle suivante confronte autour du regard et de la fenêtre les oeuvres de Buraglio Paysage Veduta, 1993, composée à partir d’une ancienne fenêtre et le grand tableau de Bernard Frize Römi proche d’un paysage chinois qui, alors qu’il ne s’agit que d’un procédé de coulures organisées par l’artiste, interroge sur ce qu’on voit d’une image et ce qu’on y met culturellement. Dans la série des Aveugles, composée d’un portrait, d’une image, d’un texte, Sophie Calle a demandé à des non–voyants leur définition de la beauté. Elle a photographié l’objet et la personne représentée. Orsay I de Thomas Struth, grande photo prise dans la salle Van Gogh du musée d’Orsay, interroge les attitudes physiques et les comportements de la contemplation admirative.
La salle suivante s’organise autour de 3 oeuvres : Sans titre de la série les Piques de Annette Messager, Foglie del Cervello de Giuseppe Penone, et Instruments of Attack (IV) de John Murphy. L’oeuvre de Messager apparaît comme le regroupement d’une société furtive (éclairée par une seule ampoule très basse) d’animaux empaillés, entourés d’emblèmes carnavalesques de gants rembourrés et de petites photos de détails du corps humain. Les 4 dessins de Penone interrogent de même les limites de l’humain : les feuillages qui s’y dessinent ont été créés par décalque de la paroi intérieure d’un crâne sur du scotch. Le tableau de Murphy est le dernier d’une série inspirée par un texte de Bachelard sur le Bestiaire de Maldoror et qui présente les attributs de combat de différents animaux, ici le loup. On retrouve dans la salle suivante le grand ensemble d’Annette Messager, Mes caoutchoucs, acheté en 2007, qui met en scène, découpés dans une feuille de caoutchouc noir, des mots (vanité), animaux (chat), personnages (Batman), objets (ciseaux, kalachnikov), inventaire humoristique du mal tel que vu par la drôle de sorcière que l’artiste se plaît à être. La lapine tenant une guitare de Valérie Favre (Die idiotinnen Rockband), véritable double de l’artiste, mêle également la scène et la vie.
Le parcours se clôt sur les installations de Hans Peter Feldmann (don de 2006) et de Christian Boltanski. Shadow installation, 2005, se présente comme une table sur laquelle tournent des plateaux portant des figurines en plastique (personnages, oiseaux), des livres, des emballages. Elle joue sur la capacité de transformation de l’art : d’objets communs magnifiés par la féerie du mouvement et de la lumière. Plus sombre, l’installation de Boltanski (Réserve, 1991) lie la photographie au deuil et à la mémoire de la Shoah.

|