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Compte-rendu de la conférence de Patrick Mazuola le 1er octobre 2009

LA TOUR dite “Gratte ciel” ou ” le devenir d’un archétype Moderne à l’ère du développement durable”

organisée par l’Association des Usagers de Carré d’Art, salle de conférence Carré d’Art, niveau-1

La Tour, innovation dans l’espace urbain à partir de la fin du XIXème siècle a donné lieu à un débat permanent au cours du temps et encore vivace aujourd’hui. Dans un exposé très structuré et appuyé par de nombreuses projections, Patrick Marzuola, professeur d’arts appliqués au lycée Hemingway et à l’IUFM a retracé d’abord les conditions nécessaires (maîtrise foncière, financement considérable, progrès des techniques de construction) qui ont permis la construction des premières tours dans les années 1880 aux Etats-Unis. Après la première guerre mondiale, Le Corbusier ou Mies Van der Rohe proposent de construire des tours à Berlin, Paris, Alger, dans le cadre de projets architecturaux de grande ampleur. Très vite, la fonction des tours, principalement financière et commerciale tend à effacer l’aspect culturel de la construction. La tour doit pour des firmes comme Chrysler ou Woolworth, délivrer un message de force et de dynamisme.

Mais en même temps, tout autant qu’un objet réel, elle peut devenir « la matérialisation d’un pensable possible », voire le rêve fou d’un architecte. On imagine alors sur ce modèle la métropole de demain, ensemble fascinant et inquiétant (Metropolis de Fritz Lang 1926). Les formes se font plus symboliques (colonne dorique, phare). Patrick Marzuola évoque alors les mythes qui dans le passé ont imagé ces rêves (Tour de Babel, Phare d’Alexandrie).


Folie des hommes, dont le châtiment serait la sanction ? A l’époque contemporaine, alors qu’on s’affranchit des codes traditionnels pour adopter un style international, les projets et les réalisations deviennent de plus en plus ambitieux jusqu’à atteindre près de 500 m à Taïpei ou plus encore dans les Emirats. On cherche le record. Certes un souci plus humaniste se manifeste parfois (chez Nouvel par exemple) avec la diversification des étages, ou le souci de réduire la consommation énergétique ou en eau. Malgré tout, pour Patrick Marzuola, l’insertion de la tour dans un développement cohérent de l’espace urbain est insuffisante, la question de la durabilité et de la régénération n’est pas abordée de front. La métropole – et c’est la conclusion de l’exposé – doit être envisagée, moins sous l’angle du défi technique ou architectural que comme l’organisme qui privilégie les relations sociales et humaines à la base.